par Elsa Casalegno, Grégory Caret
par Elsa Casalegno, Grégory Caret
Trop chaud, trop sec : l’été 2026 a été catastrophique pour certaines productions agricoles, en particulier les fruits et légumes. Les récoltes ont été moins abondantes, et de moindre qualité, en France mais aussi chez nos voisins européens. Les prix sur les étals s’en ressentent, et la flambée des cours du pétrole n’arrange rien.
Des laitues toutes fripées, des tomates fades et chères, des courgettes et concombres rares, des brocolis et des fruits rouges aux abonnés absents… Les rayons des fruits et légumes frais ont subi de plein fouet la sécheresse et la canicule de cet été.
La production a souffert des températures élevées et du manque d’eau, et les filières agricoles annoncent des rendements catastrophiques : les récoltes sont en recul de 20 à 30 % en moyenne pour les carottes, les oignons, l’ail ou les échalotes ; on constate des pertes de 50 % sur les haricots, les poireaux et les choux-fleurs, et jusqu’à 100 % pour les brocolis, les pruneaux ou les petits fruits rouges dans certaines exploitations ; la rhubarbe, les abricots du Sud-Ouest mais aussi les myrtilles et les pommes souffrent de rendements en baisse, avec des fruits de petit calibre. Et les récoltes des légumes d’automne (pommes de terre, poireaux, etc.) s’annoncent, elles aussi, mauvaises.
Inévitablement, les prix de ces denrées ont été impactés. Dans quelle ampleur ? Que Choisir s’est penché sur les tarifs du plus important marché de gros de France, le marché d’intérêt national (MIN) de Rungis, en banlieue parisienne. Nous avons relevé les prix d’août 2026, et les avons comparés aux prix de 2025, pour les mêmes variétés de 106 fruits, 75 légumes, 21 aromates et 5 champignons. Près de la moitié est d’origine française, 10 % viennent d’Espagne, 18 % d’autres pays européens, autant des autres continents (et 8 % ne mentionnent pas la provenance). Notre constat : les légumes sont les plus touchés par l'inflation.
Les légumes les plus touchés sont l’artichaut, la laitue, le poivron ou encore la tomate, tandis que pour les fruits, les plus touchés sont la rhubarbe, les litchis, la pastèque et la myrtille. Et la reprise du conflit au Moyen-Orient a, quant à elle, pesé sur le coût du transport des produits exotiques, surtout ceux importés par avion (litchis, avocats, kiwis, mangues, etc.).
Pour autant, l’approvisionnement global de la population hexagonale a, en général, été assuré. Le marché de Rungis est entré dans le détail pour Que Choisir. Et son analyse est moins alarmiste que nos constats.
Concernant les volumes globaux, il n’y pas encore lieu de s’inquiéter. En effet, si les tonnages des livraisons ont légèrement reculé en août par rapport à l’année précédente, ça n’a pas été le cas en juin ni en juillet, avec des arrivages en progression de 3 à 4 %. « Le pays a ainsi pu être approvisionné pendant toute la canicule, sans aucune rupture », souligne le marché de Rungis.
Et ce, sans recours particulier aux importations : « Les volumes globaux français de saison sont restés stables par rapport à l’année dernière, sans hausse globale de la part des produits importés. » Néanmoins, cette moyenne cache de grandes disparités selon les productions : par exemple, les haricots verts, l’aubergine et le poivron « ont été durement frappés ».
L’impact sur les prix a également été très variable selon les fruits et légumes, comme nous l’avons aussi constaté de notre côté. Ainsi, « certains produits connaissent des hausses directement liées aux incendies et aux canicules successives (comme la courgette jaune, le concombre, la salade, les haricots verts ou l'artichaut) ». À l'inverse, le melon a reculé d’un tiers, et la courgette de près de 40 %. D’après les données fournies par Rungis, l’ensemble (France et import) n’aurait augmenté que de 1 % par rapport à 2025.
Ce qui ne signifie pas que le maraîchage et l’horticulture hexagonaux n’ont pas été confrontés à de graves difficultés, bien au contraire : « Les agriculteurs français souffrent du changement climatique », confirme le MIN. Sans soutien, les volumes, les prix, et notre autonomie alimentaire finiront par en pâtir.

Limiter l’inflation par l’importation de denrées produites à moindre coût ailleurs n’aura, cette fois, pas été la solution : nos voisins européens ont tout autant été touchés que nous, voire davantage, par des conditions météo difficiles. Ainsi, l’Espagne, notre premier fournisseur en fruits et légumes, a vécu un été exceptionnel, avec des records de vagues de chaleur et des incendies géants. Les Pays-Bas et la Belgique ont, eux aussi, traversé une saison particulièrement chaude, qui tend à devenir la norme. Les prix des fruits et légumes y sont donc également en forte hausse, et même davantage qu’en France.
La canicule a eu un effet immédiat sur les animaux, avec des pertes impressionnantes dans les élevages : 3 millions de poulets de chair et 750 000 poules pondeuses sont morts lors de la canicule de juin. L’impact de la chaleur a aussi des conséquences à plus long terme, en nuisant à la fertilité des animaux : avortements lors des pics de chaleur, échec des inséminations, œufs non éclos, etc., qui vont réduire le nombre d’animaux à naître dans les prochains mois.
Surtout, les conséquences sur l’alimentation du bétail sont inquiétantes. Le manque d’eau et les températures élevées ont pénalisé les cultures fourragères : la pousse de l’herbe a été stoppée dans les prairies, limitant drastiquement le pâturage et les foins. Les éleveurs ont été contraints de piocher dans les stocks destinés à alimenter leur bétail durant l’hiver, alors même que ces stocks s’annoncent difficiles à reconstituer, sachant que les récoltes de maïs ensilage devraient être amputées d’un tiers. Certains éleveurs seront contraints de vendre une partie de leur cheptel, faute de pouvoir le nourrir.
Les effets sur les prix se feront sentir dans les prochains mois, en deux temps : une baisse des cours liée à l’afflux d’animaux à l’abattage, puis une hausse du fait d’une offre réduite par un cheptel amputé. À moins que le déficit de l’offre soit compensé par une hausse des importations. Des hausses ont été observées sur les viandes et les œufs, mais elles ont débuté avant l’été et ne peuvent donc être imputées à la météo estivale.
Elsa Casalegno
Grégory Caret
Observatoire de la consommation
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