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Insectes envahissantsLes fourmis, discrets colonisateurs

Elsa Casalegno

par Elsa Casalegno

Plusieurs espèces de fourmis ont fait leur apparition ces dernières années en France métropolitaine et en Europe. Certaines ne posent pas de problèmes, mais d’autres peuvent causer des dégâts, à l’instar de la fourmi noire Tapinoma magnum, voire être dangereuses, comme les fourmis électriques ou les fourmis de feu, à la piqûre très douloureuse. Comment les tenir à distance ?​​​​​

L’essentiel

  • Plusieurs espèces de fourmis ont fait leur apparition ces dernières années.
  • Ces invasions sont favorisées par le réchauffement climatique et les échanges internationaux de marchandises.
  • Certaines sont nuisibles, comme les fourmis noires, voire dangereuses, comme les fourmis électriques ou les fourmis de feu.
  • Pour les éliminer, quelques conseils s’imposent. Il faut rechercher et détruire les nids, mais ne pas utiliser de produit insecticide.

Avec le réchauffement climatique, les aires de vie des espèces végétales, animales et microbiennes s’élargissent considérablement vers les pôles, tandis que les échanges débridés de marchandises et de personnes à travers la planète transportent involontairement de nombreux organismes vivants d’un continent à l’autre (lire l’encadré).

L’Europe devient ainsi une terre d’accueil pour de nombreux insectes : des moustiques vecteurs du paludisme, de la dengue et du chikungunya, des mouches et moucherons porteurs de maladies animales comme la dermatose nodulaire ou la fièvre catarrhale, mais aussi, entre autres, des fourmis. Ces dernières suscitent peu d’inquiétudes, et passent donc sous les radars de la prévention. Pourtant, elles peuvent, elles aussi, être sources de nuisances.

Quelles sont les principales espèces sources de nuisances ?

Plusieurs espèces ont fait leur apparition en France et en Europe ces dernières années. Parmi les plus fréquentes ou redoutables :

La fourmi noire (Tapinoma magnum), dont de très nombreux foyers ont été détectés en Europe. Elle proviendrait d’Italie, voire de la Côte d’Azur française ou du Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie). « Elle ne pose pas de danger sanitaire, mais les populations colossales de chaque colonie peuvent causer des dégâts considérables en milieux urbains, agricoles et même naturels », souligne le site The Conversation (1). Des « supercolonies » comprenant plusieurs reines peuvent ainsi couvrir jusqu’à 20 hectares, ravageant des productions agricoles ou le milieu naturel. Très adaptable, elle pourrait se répandre très rapidement sur l’ensemble du territoire.

La fourmi de feu rouge (Solenopsis invicta), originaire d’Amérique du Sud (Brésil ou Argentine), qu’on rencontre désormais en Sicile. Sa piqûre est très douloureuse et peut provoquer, dans de très rares cas, un choc anaphylactique. Elle est inscrite depuis 2022 sur la liste des espèces exotiques envahissantes (EEE) préoccupantes de l’Union européenne (UE).

La fourmi électrique (Wasmannia auropunctata), ou petite fourmi de feu, à la piqûre très urticante, elle aussi originaire d’Amérique du Sud, et désormais détectée dans le Var. Elle est, elle aussi, inscrite depuis 2022 sur la liste des espèces exotiques envahissantes (EEE) préoccupantes de l’UE.

La fourmi d’Argentine (Linepithema humile), également originaire d’Amérique du Sud, est présente sur le pourtour méditerranéen. Elle peut s’attaquer aux bourgeons des végétaux, en particulier des arbres fruitiers, causant des dégâts sur ces cultures. Elle peut également envahir les habitations, attirée par les aliments sucrés.

La fourmi Lasius neglectus, provenant de Russie, de Turquie ou d’Iran, est désormais présente sur tout le continent européen. Elle concurrence les espèces locales d’insectes, nuisant à leur biodiversité.

Comment lutter contre ces fourmis ?

Quelques conseils s’imposent pour éliminer les colonies problématiques.

Avant tout, vérifiez qu’il s’agit bien d’une espèce invasive, afin de ne pas détruire les espèces locales, « qui sont la première barrière contre l’invasion », rappellent les scientifiques. Pour vous aider à les identifier, vous pouvez télécharger des applications sur Internet (Picture Insect, Insect Identifier, ou encore l’appli participative iNaturalist). Vous pouvez également contacter des spécialistes de la question, par exemple auprès du projet Fivalo pour la région Centre (2), ou de Bernard Kaufmann, maître de conférences à l’université Claude-Bernard Lyon 1.

Ensuite, contactez vos voisins pour savoir s’ils sont, eux aussi, concernés par une invasion de fourmis, afin d’agir de façon concertée ; signalez le problème auprès de la mairie.

Puis passez à l’action. Il est inutile, et trop onéreux, de contacter des entreprises de désinsectisation – toutes ne sont pas correctement formées. La solution réside dans la mise en œuvre de mesures individuelles ciblées, et coordonnées entre les personnes concernées.

Lutter contre les fourmis invasives en extérieur

Au printemps et à l’automne, recherchez les nids, dans le sol ou dans des objets du jardin (compost sec, pots de fleurs, jardinières, sous les tuiles, les dalles, les pierres, le métal, la bâche de jardinage) ou le long de la maison (escaliers, chaufferie ou buanderie, combles).

Détruisez ces nids en les noyant sous de l’eau chaude (60 °C) ou de grandes quantités d’eau d’arrosage. Si ce n’est pas possible, bêchez les nids pour les déterrer ou, au contraire, les enterrer, et supprimez les sites favorables à leur implantation.

En parallèle, attirez les fourmis dans des nids « pièges » (tous les objets du jardin précités peuvent servir). L’objectif est d’y attirer les futures reines, qui ont besoin de chaleur et de soleil pour se développer, afin de les éliminer.

Surtout pas d’insecticide : ces produits polluent l’eau, et ils sont dommageables pour la biodiversité, en particulier pour les fourmis locales qui ralentissent la progression des espèces invasives.

Lutter contre les fourmis invasives en intérieur

En intérieur, en revanche, il est souvent utile de faire appel à un peu de chimie, mais uniquement par des appâts.

Invasion biologique

Il s’agit de l’introduction et la prolifération d’espèces animales, végétales ou microbiennes hors de leur aire d’origine. La plupart des espèces exotiques envahissantes (EEE) bouleversent les écosystèmes en concurrençant les espèces locales. Elles représentent un fardeau économique croissant pour les sociétés humaines du fait de leur impact sur l’agriculture et sur la santé des populations, et sont une menace pour la biodiversité.


(1) Ce que l’on sait de Tapinoma magnum, la fourmi noire et brillante qui envahit l’Europe, Bernard Kaufmann, université Lyon 1, Alan Vergnes et Giovanny Destour, université de Montpellier, Marion Javal, Cirad.
(2) https://cenpaysdelaloire.fr/nos-actions/le-reseau-especes-exotiques-envahissantes/fivalo-mieux-detecter-les-fourmis-invasives

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