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Editorial

Obésité

Disette de volonté politique

img_alainbazot Alain Bazot
Président de l'UFC-Que Choisir

À croire que la lutte contre l'obésité n'intéresse guère nos politiques. Car, si tous, européens comme nationaux, reconnaissent la gravité de ce fléau, c'est plutôt l'inaction et les reculades qui guident leurs pas. Si les promesses ont été nombreuses, les actes, eux, manquent toujours à l'appel.

Fin mai, le Parlement européen doit voter un règlement dont l'objectif initial était d'assainir l'emballage et la teneur de nos aliments. Mais, cédant aux sirènes du lobby de l'agroalimentaire, les députés européens ont déjà vidé le texte de deux mesures emblématiques : l'instauration de profils nutritionnels et un étiquetage enfin compréhensible. En effet, tant la Commission que les députés européens, avec la caution des gouvernements, ont refusé d'imposer aux industriels un système d'étiquetage nutritionnel simple et efficace. Autre victoire pour l'industrie agroalimentaire, les députés européens ont aussi abandonné l'idée d'instaurer des profils nutritionnels exigeants, qui devaient réserver l'utilisation des allégations santé ou nutritionnelles (du type « riche en calcium », « renforce les os », etc.) aux seuls produits « diététiquement » corrects. Ces deux systèmes avaient pourtant le mérite de la simplicité. Ils pouvaient aider les consommateurs, bien à la peine pour s'en sortir dans la jungle des allégations de toute nature, à ne pas avaler n'importe quoi ! Bref, le règlement ne mettra pas au régime les produits industriels transformés souffrant d'excès caloriques. Alors que la courbe européenne de l'obésité ne cesse de rattraper celle des États-Unis, que les études et rapports alarmants s'accumulent sur le bureau de la Commission européenne, comment admettre cette version édulcorée de ce qui devait être la réforme sanitaire européenne de l'alimentaire ? Loin de compenser cet échec, la situation française est tout aussi dramatique. Après les ambitieuses annonces de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, en 2008, pour lutter contre l'obésité infantile, l'action du gouvernement s'est évaporée telle une bulle de cola, comme il en fut pour le rapport de la mission parlementaire rendu à l'automne 2008... Le président de la République, lui-même, avait diligenté une commission sur ce fléau à la fin de l'année dernière. Ses travaux ont rejoint le cimetière des rapports puisque aucune mesure n'a été envisagée par l'Élysée. Bref, nous avons assisté à une boulimie d'annonces et à une anorexie de décisions. Bien plus que quelques kilos de trop, l'obésité génère de nombreux handicaps (diabète, maladies cardio-vasculaires, déficiences articulaires et visuelles, réduction de l'espérance de vie...) et représente un coût colossal pour la collectivité. En ces temps de crise où seuls les arguments financiers semblent être entendus, il est opportun de rappeler que préserver la bonne santé des générations futures signifie aussi assurer celle de nos finances publiques.

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