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Editorial

Une charte pour du beurre

JPG Jean-Paul Geai
Rédacteur en chef

Il y a environ un an, Roselyne Bachelot affirmait sa volonté de lutter contre l'obésité infantile et le surpoids dont souffre déjà près d'un jeune Français sur cinq. Et la ministre de la Santé d'annoncer son souhait de voir interdire la publicité pour les produits trop gras, trop sucrés ou trop salés dans les émissions pour la jeunesse à la télé. Elle encourageait aussi les grandes surfaces à supprimer la vente de confiseries aux caisses des magasins, faute de quoi, elle se disait prête à légiférer l'interdiction. L'intention était noble et l'enjeu majeur puisqu'il s'agit de faire diminuer les risques de diabète, de maladies cardio-vasculaires, respiratoires... Vingt-trois sociétés savantes de pédiatrie, cardiologie, diabétologie, etc., plusieurs associations de consommateurs, de parents d'élèves, de diabétiques, ainsi que la restauration scolaire saluaient la détermination ministérielle alors que l'industrie agro-alimentaire préférait boycotter les réunions de concertation. Un an après, envolées les belles paroles. Excepté quelques rares centres Leclerc, bonbons et friandises trônent toujours aux caisses. Et les publicités d'aliments gras et sucrés pour les enfants ne seront pas interdites de petit écran. Pourtant, il s'en est fallu de peu, une voix a manqué pour que l'amendement 552 au projet de loi « hôpital, santé, patients et territoires » prévoyant cet encadrement publicitaire ne soit adopté. En ces temps de déprime publicitaire, les annonceurs et les chaînes de télévision étaient vent debout contre un tel amendement. Et, une fois de plus, les intérêts économiques l'ont emporté. Pas d'interdiction, donc, mais une charte rédigée par les professionnels de l'agroalimentaire, les publicitaires et les chaînes de télévision et par laquelle ils s'engagent à promouvoir « une alimentation et une activité physique favorables à la santé ». Selon leur statut, les chaînes devront diffuser de 340 à 470 heures de programmes par an mettant en avant les bonnes pratiques alimentaires et d'hygiène de vie. Ce qui équivaut au plus à 14 secondes par heure. Comparé aux 12 minutes de publicité désormais ­autorisées, le temps de parole n'est guère équilibré. Dans le même temps, la Grande-Bretagne évitait ces faux-semblants et interdisait les spots publicitaires vantant les produits alimentaires déséquilibrés dans les programmes télé destinés aux enfants de 4 à 15 ans.

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