Déjà abonné ?  identifier
abonner

Diminuer la policeAugmenter la police Imprimer

Editorial

OGM, oui à la levée du moratoire si...

JPG Jean-Paul Geai
Rédacteur en chef

En adoptant le 2 juillet des règles strictes sur l'étiquetage et la traçabilité des produits transgéniques, le parlement européen a ouvert la voie à la levée du moratoire appliqué depuis 1999 aux autorisations de nouvelles variétés d'OGM en Europe. Pourquoi pas, mais deux préalables s'imposent, faute de quoi ce sont les multinationales de l'agrochimie qui auront gagné la partie. Pour l'heure, les OGM n'offrent aucune plus-value aux consommateurs dont plus de 70 % y sont hostiles. Prétendre que les OGM permettront de vaincre la faim dans le monde est une contre-vérité. Ils sont là pour satisfaire avant tout les intérêts économiques de quelques semenciers, en majorité américains. La croisade du président américain Georges Bush en faveur des OGM dans le cadre de la réunion de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui se tient ce mois-ci à Cancun, au Mexique, en témoigne. Ce que veulent les consommateurs, c'est de pouvoir continuer à acheter des produits sans OGM, issus aussi bien de l'agriculture conventionnelle que biologique. L'étiquetage obligatoire des produits alimentaires dès qu'ils contiendront plus de 0,9 % d'ingrédients transgéniques leur permettra d'exercer leur choix selon leurs convictions, en toute indépendance. À condition aussi de ne pas payer plus cher demain les produits sans OGM qu'ils consomment aujourd'hui. C'est à la filière OGM - et à seule - de supporter le coût de l'étiquetage et de la traçabilité exigés par Bruxelles. Les aliments sans OGM ne doivent pas devenir l'exception, une niche de consommation réservée à une élite. Avant toute levée du moratoire, il faut aussi que les règles juridiques en cas de contamination par les OGM soient clairement posées. Qui demain sera responsable si une récolte bio est invendable parce que contaminée par les OGM via le pollen ou les semences ? Si un consommateur se fie à une mention «sans OGM» alors que le produit en contient fortuitement au-delà du seuil admis ? Si la dissémination de transgènes provoque des dégâts écologiques irréversibles ou des allergies difficilement maîtrisables ? À ces questions, les consommateurs attendent autre chose qu'un silence coupable.