| 06/06/08 Chaussures de sportDeux paires sinon rien Pourquoi ne vendre qu'une paire de chaussures quand on peut en vendre deux ? C'est ce que fait le géant Nike qui commercialise deux paires de chaussures de sport Air Jordan, sans offrir à ses clients la possibilité de les acheter séparément. Un flagrant délit de vente liée.
Des Air Jordan VII comme il en rêvait. C'est dans le magasin spécialisé Foot Locker du quartier des Halles, à Paris, que Bertrand a trouvé cette paire de chaussures de sport, une réédition d'un modèle à l'effigie de l'ancien basketteur américain Michael Jordan. Seulement voilà, en se renseignant auprès d'un vendeur, Bertrand découvre que s'il veut acheter ces chaussures, il doit obligatoirement acquérir en même temps une autre paire d'un modèle différent, le tout pour la modique somme de 300 euros. « Si vous n'avez pas besoin de la seconde paire, vous n'avez qu'à la revendre sur Ebay », lui conseille même le vendeur.
En effet, les Air Jordan VII sont commercialisées exclusivement au sein du « Pack Countdown », une opération purement marketing au cours de laquelle sont vendues ensemble deux paires de modèles différents. Pour alimenter cette « série spéciale », Nike, qui commercialise les chaussures Air Jordan, a réédité des anciens modèles qu'il a numérotés de 1 à 22 et qu'il vend par deux, de manière à ce que la somme des deux nombres soit égale à 23, le numéro que portait Michael Jordan sur son maillot lorsqu'il jouait dans l'équipe des Chicago Bulls (les Air Jordan VII, par exemple, sont vendues avec les Air Jordan XVI). Le tout bénéficie d'un packaging spécial composé de deux boîtes à chaussures inséparables et n'est disponible qu'en petites quantités dans des magasins spécialisés et sur certains sites Internet. Chaque mois, les modèles composant le « pack » changent. Si la loi française n'empêche pas la vente par lot, elle oblige en revanche fabricants et distributeurs à proposer parallèlement les articles séparément, ce qui est impossible dans le cas du Pack Countdown. Du coup, Nike et ses distributeurs tombent clairement sous le coup de l'article L.122-1 du code de la consommation qui interdit de « subordonner la vente d'un produit à l'achat d'une quantité imposée ou à l'achat concomitant d'un autre produit ». Bien que la loi soit clairement du côté des clients, obtenir gain de cause ne va pourtant pas de soi. Certes, un client voulant n'acquérir qu'une paire peut insister auprès du revendeur mais, visiblement, les magasins n'ont d'autre choix que de vendre le pack complet. Un courrier à Nike (1) avec copie à la DDCCRF du Val-d'Oise (2), dont dépend le siège social de Nike France, pourrait toutefois faire bouger les choses.
Cyril Brosset (1) Nike, Service consommateurs, Rue de l'Équerre, 95310 Saint-Ouen-l'Aumône. (2) DDCCRF du Val-d'Oise, Immeuble « Le Montaigne », 6, boulevard de l'Oise, 95036 Cergy-Pontoise cedex
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