| 12/04/08 PêcheLabel bleu en vue Dans le droit fil du Grenelle de l'environnement, un écolabel national certifiant les espèces pêchées d'une façon « durable » et « responsable » devrait voir le jour d'ici 3 ans.
Face à la raréfaction des ressources halieutiques dues à la surpêche, les écolabels se multiplient depuis quelques années dans le secteur des produits marins : MSC, Friend of the sea, Fair fish, KRAV, Dolfin Safe, Ecofish, FishWise... sans compter les labels de pêche « durable » ou « responsable » des enseignes de la grande distribution (Carrefour, Casino, etc.) ou d'industriels comme Findus. Tous visent à rassurer le consommateur sur le caractère responsable de ses achats. Quelle crédibilité accorder à ces démarches privées ? Selon une étude réalisée par l'Ofimer (Office interprofessionnel des produits de la mer), seul le label MSC (Marine Stewardship Council) respecte les principes de pêche durable définis par la FAO (organisation des Nations unies spécialisée dans l'alimentation). Un écolabel français pourrait bientôt lui faire concurrence. C'est en tout cas ce qu'a décidé l'Ofimer avec l'aval du gouvernement. « Il s'agira d'un signe officiel de qualité, tout comme le label AB ou le Label rouge », précise Michel Peltier, président de l'Ofimer. Ce « label bleu » ne devrait pas entrer en application avant 3 ans, le temps que les espèces de poissons et leurs modes de pêche soient certifiés par des organismes de contrôle indépendants. Trois critères
Pour en bénéficier, les pêcheries devront répondre à trois critères principaux : un stock abondant, un mode de pêche qui ne le mette pas en péril, et le respect de certaines conditions d'ordre socioéconomique (comme la sécurité et les conditions de travail des hommes, l'impact écologique du bateau et du circuit de commercialisation du poisson). « Sur ce dernier point, le label ira plus loin que le MSC, qui ne prend pas en compte ces aspects pourtant très importants. À quoi sert en effet de pêcher de façon durable si l'on doit pour cela dépenser des tonnes de gazole ou faire voyager le poisson sur des milliers de kilomètres pour le mettre sur le marché ? » poursuit Michel Peltier. Parmi les 10 espèces susceptibles d'être certifiées pourraient figurer les langoustines et les crustacés pêchés au casier, la coquille Saint-Jacques, la lotte et la sole de filet, ou le bar de ligne. En revanche, les espèces menacées qui font l'objet d'un plan de gestion comme la baudroie, le thon rouge ou le merlu seraient bien évidemment exclues. « L'accès à ce label haut de gamme implique une décision collective des professionnels concernés, précise Michel Peltier. Ainsi, la pêcherie de la langoustine au casier dans le golfe de Gascogne ne pourrait être labellisée si les atteintes au stock par les chaluts perdurent sur la zone. » Les pêcheurs sont-ils prêts à faire ce choix ? « Ils ont en tout cas tout à y gagner, aussi bien en termes d'image que sur le plan économique », affirme Michel Peltier. De plus en plus minoritaire, la pêche française, qui couvre à peine 15 % des besoins du marché national, a tout intérêt à jouer la carte de la qualité. Reste à savoir si les consommateurs accepteront de payer plus pour un poisson « bien pêché ».
Florence Humbert
| |