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Editorial

Prix alimentaires

Un marché de dupes

img_alainbazot Alain Bazot
Président de l'UFC-Que Choisir

Du « bon travail » pour la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, « procès en sorcellerie » pour la Fédération de la grande distribution : notre enquête sur les prix alimentaires n'est pas passée inaperçue... Face au constat sans appel d'un marché mal portant, l'UFC-Que Choisir demande aux pouvoirs publics une intervention d'urgence.

Les prix alimentaires sont malades. La fièvre des étiquettes des produits bruts ou peu transformés n'est pas retombée depuis un an et demi, malgré la baisse drastique de celle des prix agricoles. Le marché reste grippé. 102 associations locales UFC-Que Choisir ont minutieusement mené l'enquête à l'automne pour diagnostiquer le problème, en dépit de réelles difficultés pour relever les prix (la grande distribution aurait-elle peur de la transparence ?). Leur travail a permis de trouver le virus : l'existence de marges injustifiées de la part de certains industriels et de la grande distribution. En effet, industriels et distributeurs profitent des variations de prix agricoles, plus particulièrement des baisses, pour accroître fortement leurs marges. Pour le lait, entre septembre 2007 et septembre 2009, le prix payé à l'éleveur a baissé de 7 %, alors que, pour le consommateur, le prix de la brique de lait Candia a augmenté de 5 %. Pire, celle à marque de distributeur a augmenté de 11 % ! Le lien entre prix agricole et prix en rayon n'existe donc qu'à la hausse, jamais à la baisse. Les industriels et la distribution se servent de l'évolution des prix agricoles comme d'un alibi pour améliorer leur profitabilité au détriment des consommateurs. Ce virus infecte d'autant plus facilement les prix en rayon qu'il existe un terrain porteur : une concurrence défaillante dans les zones de chalandises, dénoncée depuis de nombreuses années par l'UFC-Que Choisir. Et force est de constater que les enseignes de la grande distribution ne sont pas disposées à arrêter d'elles-mêmes la fébrilité tarifaire. Interrogées par nos associations locales sur la formation des prix des trois produits relevés (escalope de poulet, côte de porc, brique de lait), seules 20 % des enseignes ont répondu, et encore de façon coordonnée et parfaitement insatisfaisante. Ces abus inadmissibles des industriels et de la grande distribution sont d'autant plus gangrenant que l'alimentation représente 15,5 % du budget des consommateurs, et 17,5 % pour les ménages modestes. Décidée à soigner ces maux tarifaires, l'UFC-Que Choisir prescrit une mesure simple et concrète : l'extension du coefficient multiplicateur, applicable aux fruits et légumes, à tous les produits bruts ou peu transformés, et au minimum pour les viandes fraîches de boeuf et de porc. Le principe consiste à calculer le prix de vente maximal en multipliant le prix agricole par un coefficient défini conjointement avec les professionnels, sur la base de l'historique hors période de crise. Tout en respectant la liberté du commerce, ce dispositif a fait ses preuves sur les fruits et légumes puisque cette seule menace a permis de limiter la progression des marges. Aux parlementaires de rédiger l'ordonnance !

Bonne année et bonne santé à tous !