4e opérateur mobile
Ça grésille en coulisses
Alain Bazot
Président
Attendus pour dynamiser la concurrence sur le marché de la téléphonie mobile, les candidats à la 4e licence avaient jusqu'à fin octobre pour se déclarer. Mais voilà que Nicolas Sarkozy fait volte-face en se disant « sceptique » et « réservé »...
Coup de théâtre ! Priorité du gouvernement ces derniers mois, la 4e licence pour la téléphonie mobile semble aujourd'hui abandonnée par le président de la République au motif que « le prix le plus bas n'est pas toujours le meilleur »... Non démentie par l'Élysée, cette réplique cinglante lâchée en aparté à quelques parlementaires UMP vient donc rajouter un rebondissement à la comédie à laquelle nous assistons depuis trois ans s'agissant de l'arrivée d'un nouvel acteur sur la scène de la téléphonie mobile. Cela pourrait faire sourire si les conséquences n'étaient pas contraires aux intérêts des consommateurs. Le premier acte allait dans le bon sens. Réclamée depuis des années par l'UFC-Que Choisir et l'Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), qui n'ont de cesse de dénoncer le caractère sclérosé du marché de la téléphonie mobile et la nécessité de dynamiser la concurrence, l'entrée d'un nouvel opérateur avait trouvé un allié de poids avec la Commission européenne. En mars 2009, un rapport européen épinglait le marché français des télécommunications. Avec des tarifs parmi les plus élevés d'Europe après l'Espagne et un statu quo des parts de marché des opérateurs, la France est le cancre européen. La conclusion de la Commission est sans appel : « L'entrée d'un quatrième opérateur pourrait accroître la concurrence et le choix pour les consommateurs. » D'après la Direction du Trésor, cette arrivée pourrait entraîner une baisse minimale de 7 % des tarifs des communications et aurait, n'en déplaise au président de la République, des effets positifs sur l'innovation des services... Le deuxième acte, qui se joue actuellement, est plus sournois. Il semble en effet que, dans les coulisses du pouvoir, les opérateurs historiques, tel Cyrano, soufflent aux acteurs politiques des arguments à l'encontre de cette entrée, et notamment le sempiternel chantage à l'emploi. Une baisse des prix provoquerait des dizaines de milliers de suppressions de postes... Halte au faux nez ! Car l'innovation et l'installation d'infrastructures sont particulièrement créatrices de postes. Mais les opérateurs historiques ne sont pas à court de ruses et d'artifices pour freiner l'entrée en scène du nouvel acteur. Si, juridiquement, le gouvernement et l'Élysée n'ont plus les moyens d'arrêter l'appel d'offres, ils peuvent être tentés de jouer la montre. En effet, si la quatrième licence n'est pas attribuée avant juin 2010, les trois opérateurs en place n'auront plus obligation de donner au nouvel entrant une partie de leurs fréquences. Et sans fréquence, l'apparition d'un quatrième opérateur est purement théorique. C'est donc une véritable intrigue qui est en train de se nouer et les consommateurs assistent impuissants à ce triste spectacle. La Commission européenne ayant indiqué qu'elle entendait suivre celui-ci de « très près », nous pouvons encore espérer un nouveau revirement avant le tomber de rideau !
Référence de l'édito
Paru dans le Mensuel n° 475 - novembre 2009
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