Prix alimentaires - La grande distribution se sucre - Position - éditorial - UFC Que Choisir

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Edito

Prix alimentaires

La grande distribution se sucre

Photo d'Alain Bazot Alain Bazot
Président

Il y a un an, face à la hausse des prix alimentaires, l'UFC-Que Choisir s'inquiétait déjà de l'alibi de l'explosion tarifaire des matières premières... Aujourd'hui, notre étude montre l'existence de marges indues et pointe l'absence de transparence dans la formation des prix.

La récente polémique autour du prix du pain, toujours à la hausse alors que le cours du blé a été divisé par deux en 2008, a relancé le débat sur la formation des prix des produits alimentaires. L'an dernier, pour éteindre la flambée des prix, le gouvernement avait bien jeté ­quelques seaux d'eau : réforme des ­marges arrière, surveillance des prix de vingt produits phares, mise en place d'un observatoire des prix et des marges. Mais, n'ayant pas sorti la lance à incendie, il n'avait pas réformé en profondeur la législation relative à l'urbanisme commercial, seul moyen de dynamiser la concurrence dans la grande distribution et, ainsi, de faire baisser les prix. Et, alors que l'indice général des prix est à l'accalmie (+ 1 % sur 12 mois du fait de la baisse des produits pétroliers), la flambée continue pour l'alimentation (+ 3 %). En effet, loin de se cantonner aux céréales, la problématique des marges exorbitantes est illustrée de manière exemplaire dans les filières de la viande. L'étude de l'UFC-Que Choisir (lire p. 35) montre ainsi que, si les prix à la production, c'est-à-dire ceux payés aux éleveurs de bovins, de porcs et de ­volailles, ont baissé respectivement de 10 %, 5 % et 18 % entre 1990 et 2008, ceux payés par les consommateurs, eux, n'ont cessé d'augmenter (respectivement 48 %, 26 % et 19 %). Pour résumer, les évolutions des marchés alimentaires sont répercutées à sens unique : toujours à la hausse, jamais à la baisse ! Alors que les dépenses alimentaires représentent une part importante dans le budget des ménages (16,4 %), et plus encore pour les ménages modestes (18,4 %), que l'alimentation est, comme le logement, une dépense incompressible, comment peut-on laisser ainsi déraper les marges alimentaires ? Pourquoi les pouvoirs publics ne s'intéressent-ils pas de plus près pas à la construction des prix, pour déterminer quels sont les véritables responsables et pour rendre possible une baisse des prix profitable aux consommateurs ? L'observatoire des prix et des marges porte très mal son nom dès lors qu'il ne permet ni d'éclaircir la formation des prix ni de quantifier les marges. Alors que les professionnels se renvoient aujourd'hui la responsabilité de ces marges indues, il importe plus que ­jamais d'établir la transparence. La ­grande distribution est, pour beaucoup, la principale responsable de ces marges exorbitantes au détriment des consommateurs et des producteurs. Le rapport d'Éric Besson, alors secrétaire d'État ­chargé de la Prospective, sur la formation des prix l'a clairement établi... Mais plutôt que de briller dans l'art du diagnostic, c'est surtout dans celui de la réforme que le gouvernement devrait exceller, si l'on veut vraiment que les consommateurs ­cessent d'être, encore et toujours, les ­vaches à lait de certains professionnels !


Paru dans le Mensuel n° 467 - février 2009

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