Electroménager
Payer moins pour consommer mieux
Alain Bazot
Président
Alors que les appels aux économies d'énergie se multiplient, le prix des appareils électroménagers les plus économes n'électrise pas les comportements éco-responsables. L'enquête de nos aassociations locales pointe ce hiatus du « payer plus pour consommer moins ».
Si les fabricants se targuent d'avoir réduit la consommation électrique des appareils électroménagers de 40 à 60 % en dix ans, comment ne pas s'alarmer de l'explosion de la dépense liée à la consommation d'électricité de ces appareils ? La facture a doublé en vingt ans. Certes, durant la même période, l'équipement des ménages en électroménager et informatique a beaucoup progressé. Il n'est pas rare de voir plusieurs téléviseurs et ordinateurs dans un même foyer. Il n'en reste pas moins qu'en matière d'économie d'énergie, fabricants et distributeurs n'incitent guère à avoir un comportement éco-responsable. Afin de vérifier si le consommateur est réellement encouragé à acquérir des appareils économes en énergie, plus de 100 de nos associations locales ont enquêté dans 1 464 magasins pour comparer la classe énergétique et les prix des appareils électroménagers les plus énergivores (réfrigérateurs-congélateurs et sèche-linge). Le constat est accablant. D'abord, les appareils les plus performants (classés A++ pour certains) sont trop rares. Ensuite, l'étiquetage énergétique est périmé : les appareils les plus énergivores, ceux étiquetés E, F ou G, ont disparu des rayons bien que ces classes soient toujours présentes sur l'échelle des étiquettes. Résultat, quand il achète un réfrigérateur de « classe A », le consommateur, pensant faire un geste écologique, ignore qu'il s'agit du plus énergivore ! Mais le principal frein reste le prix. Le paradoxe est criant : l'économie d'énergie coûte cher. En effet, les prix augmentent avec la performance énergétique. Ainsi, un réfrigérateur-congélateur A++ coûte 55 % plus cher qu'un modèle « A ». Pour un sèche-linge, le consommateur déboursera 130 % de plus pour un modèle « A » que pour celui noté C. Conclusion : le geste écologique n'est pas un investissement rentable. Le surcoût à l'achat n'est pas compensé par l'allégement attendu de la facture électrique sur dix ans. Dès lors, il ne faut pas s'étonner de voir les consommateurs délaisser les appareils les plus économes. Soucieuse de démocratiser l'économie d'énergie pour les produits de grande consommation, l'UFC-Que Choisir demande l'extension à l'électroménager du dispositif du bonus-malus qui a fait ses preuves pour l'automobile. Envisagée en 2008, cette mesure n'est malheureusement plus à l'ordre du jour. Le bonus-malus a pourtant une efficacité économique et écologique indéniable : le remplacement des appareils électroménagers par de plus économes en électricité permettrait, à terme, de diviser par deux leur consommation électrique, soit une économie de 120 euros par an et par ménage. Cela ferait aussi gagner 33 milliards de kWh sur l'ensemble du territoire, soit environ 7 % de la consommation électrique globale. Bref, au « payer plus pour consommer moins », l'UFC-Que Choisir entend opposer le « payer moins pour consommer mieux » !
Référence de l'édito
Paru dans le Mensuel n° 482 - juin 2010
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