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Edito

Air intérieur

Un problème de santé publique

Photo d'Alain Bazot Alain Bazot
Président

C'est la rentrée ! Retour chez soi, dans les classes, les bureaux, et dans la pollution. En effet, trop méconnue, la pollution de l'air intérieur est un fléau environnemental et sanitaire plus dramatique encore que la pollution atmosphérique ! Les pouvoirs publics, comme les professionnels, ne semblent pas prendre la mesure du problème.

Alors que nous passons près de 22 heures sur 24, soit 90 % de notre temps, à l'intérieur (habitation, bureau, école, transports...), beaucoup ignorent que ces lieux sont saturés par une pollution aussi invisible qu'omniprésente. Au-delà des produits ménagers et désodorisants, la commode de votre chambre, votre tapis de salon, vos peintures, votre buffet, etc., dégagent un cocktail de 100 000 substances chimiques qui font partie de votre quotidien... Cela ne serait pas dramatique si certaines ne contribuaient à la formation de cancers, de problèmes de reproduction et d'allergie qui affectent d'abord les personnes les plus fragiles (enfants, femmes enceintes, personnes âgées). Forte d'une expertise de plus de quinze ans, l'UFC-Que Choisir a très tôt alerté sur ce phénomène et listé les produits aux émissions nocives (désodorisants d'intérieur, nettoyants ménagers, meubles, revêtement de sols,etc.). Mais la passivité des pouvoirs publics, alliée à l'aveuglement des professionnels, a abouti à ce que la liste n'ait cessé de s'allonger au fil des ans comme le souligne notre test sur les émissions des moquettes encollées.


Il ne s'agit pas de céder à la psychose, mais il convient de tirer les conséquences de ce constat et de s'indigner du fait qu'en France, s'il existe des réglementations relatives à la sécurité sanitaire des équipements publics et professionnels, la maison soit une zone de non-droit ! D'autres États comme la Californie aux États-Unis, et l'Allemagne ont pourtant fait la preuve qu'un véritable plan de lutte contre la pollution de l'air intérieur était possible.


La directive Reach, adoptée il y a quelques années, est largement en deçà des attentes : le projet européen ne concerne qu'une substance chimique sur trois, sa mise en oeuvre s'étalera sur dix ans et les autorités européennes ne peuvent pas obliger la substitution de substances dangereuses. Au niveau national, à la suite du Grenelle de l'environnement, au cours duquel l'UFC-Que Choisir avait exigé que soit mis sur la table ce dossier majeur, des mesures ont été adoptées, notamment l'étiquetage pour les matériaux de construction et de décoration, mais la plupart des produits de grande consommation ne sont pas encore concernés. Les parlementaires qui discuteront prochainement du projet de loi « Grenelle 2 » ont donc un véhicule tout trouvé pour agir et adopter les mesures qui s'imposent : évaluation des substances dans les conditions réelles d'utilisation, interdiction des substances dangereuses, instauration d'un étiquetage clair et lisible, incitation à installer dans tous les logements une ventilation à double flux... Il est grand temps que la salubrité de l'habitat domestique devienne une priorité de santé publique !


Paru dans le Mensuel n° 473 - septembre 2009

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