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Editorial

La flamme bleue en surchauffe

JPG Jean-Paul Geai
Rédacteur en chef

Si gouverner c’est prévoir, la décision du Conseil d’État d’invalider la demande du gel des tarifs réglementés du gaz n’aurait pas dû surprendre le Premier ministre, François Fillon. La révision des prix du gaz obéit à une formule fixée dans un contrat de service public et en vigueur depuis des années. Il était logique que les concurrents de GDF Suez (Direct Énergie,  Altergaz, Poweo…) souhaitent qu’elle soit respectée. En appliquant la méthode de calcul à la lettre, l’augmentation des tarifs aurait dû mathématiquement avoisiner les 10 %. C’était ce que recommandait la Commission de régulation de l’énergie (CRE). À quelques mois de l’élection présidentielle, ce n’était assurément pas la meilleure façon de séduire les consommateurs, dont le pouvoir d’achat est déjà sérieusement malmené par la crise. Le gouvernement avait donc décrété un gel des prix, au moins jusqu’en mai 2012 ! Sauf que, saisi en référé par les concurrents de GDF Suez, le Conseil d’État a émis un « doute sérieux sur la légalité » de ce gel tarifaire et a demandé au gouvernement de revoir sa copie. Sacré casse-tête quand on refuse de corriger une formule de révision des prix qui n’a rien à voir avec la réalité des coûts d’approvisionnement. L’UFC-Que Choisir dénonce depuis longtemps cette méthode de calcul qui, en indexant tous les trois mois le prix du gaz sur l’évolution des cours des produits pétroliers, permet surtout à GDF Suez d’engranger de belles rentes de situation. Tout surpris (!) de la décision du Conseil d’État, le gouvernement a dû corriger la règle de calcul en intégrant davantage les prix « spot » du gaz, c’est-à-dire ceux calculés au jour le jour et actuellement plutôt orientés à la baisse. Entre les 10 % de hausse avancés par la CRE et le gel des prix envisagé dans un premier temps, le couperet est tombé à mi-chemin. Au final, pour les 9,7 millions de foyers qui se chauffent et cuisinent au gaz naturel, la facture va donc s’alourdir de 4,4 % au 1er janvier. En dix ans, le prix du gaz aura augmenté de 62,3 %. Quatre fois plus que l’inflation calculée par l’Insee sur la même période. Un record pour un produit de première nécessité pour de nombreux Français.
Très bonne et heureuse année 2012.

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