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Editorial

Prix du gaz

Surpression dans les tuyaux

img_alainbazot Alain Bazot
Président de l'UFC-Que Choisir

À l'image de l'hiver, la facture de chauffage a été rude pour les consommateurs. Et ce n'est pas l'augmentation significative du prix du gaz en avril qui va leur redonner le sourire. Alors que les cours du gaz sont au plus bas sur les bourses d'échange, comment expliquer cette nouvelle explosion tarifaire ? La faute à une absence totale de maîtrise des coûts des infrastructures.

Inodore, incolore... la fixation du prix du gaz reste encore, et dans une trop large mesure, invisible. Dans le cadre du nouveau contrat de service public 2010-2013 entre GDF-Suez et l'État, ce n'est plus l'État qui détermine le tarif réglementé du gaz mais GDF-Suez (ou presque) ! En effet, même si l'État continue de fixer annuellement un cadre tarifaire et décide des évolutions liées au coût hors approvisionnement, les hausses ou les baisses (sic !) de tarif liées à l'évolution des cours du gaz sont laissées à l'initiative de GDF-Suez. Si, avec ce nouveau mode de fixation, l'État cherche à se mettre en retrait face aux hausses impopulaires du prix du gaz, il n'en demeure pas moins responsable du cadre tarifaire et donc des hausses infligées aux consommateurs. Car le scandale du prix du gaz n'est pas forcément là où on le croit. L'arbre cache trop souvent la forêt. Les polémiques sur les tarifs réglementés du gaz portent généralement sur l'indexation du prix du gaz sur celui du pétrole. Certes, cette indexation n'est plus justifiée aujourd'hui et doit être supprimée. Mais ce n'est pas le seul problème. La matière ne représente que la moitié du prix final payé par le consommateur, le reste étant partagé entre le coût du réseau des gazoducs (35 %), du stockage (7 %) et de la commercialisation (8 %). Or, aujourd'hui, ce sont bien ces postes qui ne cessent d'exploser. Après une hausse de 5,2 % des coûts hors approvisionnement en avril 2009, un arrêté du 21 décembre prévoit une hausse de 5,9 % de ces mêmes coûts (transport, stockage, distribution et marge commerciale) à compter du 1er avril. Passant presque inaperçue, cette inflation liée aux coûts d'infrastructure reflète le vrai problème du prix du gaz : une régulation beaucoup trop laxiste... En novembre dernier, nous avons publié une étude montrant que pour le transport et la distribution, activités régulées (c'est-à-dire dont le prix est fixé par l'État), l'ensemble des capitaux sont mieux rémunérés en France que dans les autres pays européens. Un alignement permettrait de diminuer le coût de ces postes de 3 à 4 % pour le consommateur final. En outre, comme le prix du stockage, fixé librement, a augmenté de 20 % sur trois ans, une régulation de l'activité s'impose. La régulation par l'État aurait un double rôle : maîtriser le niveau de prix du stockage et mettre en place une régulation incitative à la réalisation d'investissements pour augmenter les capacités. Autant d'économies pour le consommateur. Bref, en matière de gaz, si l'on veut éviter la surchauffe tarifaire, il s'agit de mettre la pression sur un meilleur encadrement des coûts.

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