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Enquête

Transports urbains

La qualité des réseaux dans 22 grandes villes

Que valent les transports en commun de votre ville ? Pour le savoir, nous avons comparé les 22 agglomérations de plus de 250 000 habitants, hors Ile-de-France. En partant des préoccupations des usagers, nous avons dégagé des indicateurs-clés. Bien qu'imparfaits, ils mettent en évidence des écarts considérables en termes de prix, d'offre et de fréquentation.

Chaque ville est un cas particulier, avec son histoire et sa géographie. Le Grand Lyon (1,2 million d'habitants) ne peut être jugé sur le même pied que le Grand Nancy (265 000 habitants). Mais, en matière de transports en commun, la taille ou la densité des agglomérations n'explique pas tout. Bus et tramways ont été délaissés par les villes moyennes durant les années 80 et 90. Les exceptions comme Rennes, Nantes ou Grenoble se retrouvent aujourd'hui aux places d'honneur de notre comparatif et font figure de modèle d'urbanisme, tant les transports en commun sont désormais partout à la mode. Au-delà d'un discours très consensuel, ils se révèlent aussi, parfois, chers et médiocres.


Pour évaluer la qualité des réseaux, nous nous sommes posé cinq questions élémentaires pour un usager : y a-t-il beaucoup de bus, tramways ou métros dans ma ville ? Le réseau est-il adapté à mes besoins de déplacement ? Puis-je trouver facilement un arrêt de bus près de chez moi ? Les bus, trams ou métros passent-ils souvent ? Mes transports en commun sont-ils chers ?


Les réponses portent sur des performances moyennes, sachant qu'à l'intérieur d'une agglomération, il y a aussi de sérieuses inégalités vis-à-vis des transports en commun. Elles permettront néanmoins à chacun de savoir où en est sa ville. La totalité des municipalités de notre échantillon (1) compte réduire, dans les années à venir, la place accordée à l'automobile ou renchérir son usage. Écologiquement correct, ce choix suppose une offre de transport alternatif. Elle reste souvent à construire. Il est trop commode de stigmatiser la voiture, utilisée dans 83 % des déplacements individuels, en passant cette réalité sous silence.


22 réseaux de grandes agglomérations

Comment lire notre tableau

La fréquentation. Nous avons choisi ce critère pour établir notre classement car c'est le meilleur pour apprécier la qualité d'un réseau. Il compte plus que l'offre, exprimée en kilomètres parcourus, qui permet une appréciation quantitative et non qualitative. Des bus roulant presque à vide, comme à Valenciennes ou Toulon, coûtent inutilement cher...

L'offre. Pour la déterminer, nous avons retenu le nombre de kilomètres roulés par an et par habitant. Certaines comparaisons sont édifiantes. Ainsi, à Rennes, bus et trams parcourent trois fois plus de km qu'à Lens, alors que la longueur des deux réseaux est proche.

La densité. Nous avons rapporté la longueur des lignes à la taille du territoire. Angers et Le Havre, par exemple, ont des réseaux de longueur comparable, mais la communauté d'Angers, deux fois et demie plus étendue, possède un réseau moins dense.

La fréquence. Afin de savoir combien de bus, trams ou métros passent chaque jour à un arrêt, en moyenne, nous avons retenu le nombre de kilomètres parcourus chaque jour par l'ensemble des modes de transport en commun et nous l'avons divisé par la longueur du réseau (en km).


  Fréquentation (nbre de déplacements /an/hab.) Offre (km roulés/an /habitant) Densité (km de lignes/km2) Fréquence (nbre de passages à un arrêt en moyenne/jour) Population desservie (en milliers, en 2006) Superficie agglomérations (en km2, en 2006) Longueur des lignes (en km, en 2006)
Lyon 158,36 37,7 1,76 123,48 1 239 587 1 035
Strasbourg 145 33,5 1,1 120 458 316 350
Grenoble 144,5 41,8 1,41 132 380 231 327
Nantes 135,9 39,4 1,44 81 569 523 756
Rennes 132 42,9 1,1 65 376 608 679
Montpellier 120 28,9 1,5 71 355 263 396
Marseille 100,8 26,7 1,8 95 896 376 684
Lille 91,81 27,7 2 67 1 107 611 1 249
Toulouse 88,35 28,8 0,94 72 768 888 839
Le Havre 88,3 34,2 2,88 43 259 191 551
Bordeaux 84,91 36,1 1,84 65 672 552 1 021
Tours 80,9 29,2 1,08 56 291 382 414
Angers 80,4 34,3 1,06 46 269 510 542
Saint-Étienne 78,8 26,1 1,44 58 335 285 413
Rouen 78,5 32,8 1,66 67 400 321 534
Clermont-Ferrand 77,6 28,2 0,83 85 285 309 259
Orléans 66,9 39,6 1,13 78 274 334 380
Nancy 68 32,4 1,63 101 265 142 232
Nice 61,4 28 1,48 78 499 331 490
Toulon 54 28 1,99 47 404 329 656
Valenciennes 45 27,7 1,28 34 347 594 765
Lens 22,8 15,9 1,87 25 379 351 659
Moyenne 91,09 34,47 1,88 73,17 492,14 410,64 601,41
Sources : enquête annuelle réalisée par la direction générale des transports du ministère de l'Écologie, le Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques (Certu), le Groupement des autorités responsables de transport (Gart) et l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP). Nb : La population est celle couverte par le plan de déplacement urbain. Elle diffère parfois légèrement de la population de l'agglomération. La superficie est celle de la communauté d'agglomération ou de la communauté urbaine.

Lyon

La référence

Avec 158 voyages par an et par habitant, les Transports en commun lyonnais (TCL) affichent une fréquentation record. Ils assurent près de 17 % des déplacements de l'agglomération, autre record hors Île-de-France. Le réseau n'est pas très dense (1,76 km de lignes au km2), mais les fréquences sont exceptionnelles. Il passe 123 bus, trams ou métros par jour, en moyenne, à un arrêt du Grand Lyon. Par comparaison, le réseau lillois, plus dense (2 km de lignes au km2) et plus long, est nettement moins bien desservi avec seulement 67 bus ou rames par jour. À l'arrivée, les transports urbains lyonnais se révèlent les meilleurs et prennent la tête du classement.

Leur fréquentation a progressé de 9 % entre 1995 et 2006, la part de la voiture descendant de 55 à 47 %, selon une enquête du Sytral (2). Malheureusement, la circulation dans le Grand Lyon a continué d'augmenter (+7 %) sur la même période en raison de l'allongement des trajets. En caricaturant, le coeur d'agglomération Lyon-Villeurbanne est aujourd'hui bien desservi par les TCL, mais la voiture règne sur les autres communes. À noter : les TCL disent enregistrer, en 2006, une très forte baisse des agressions sur les voyageurs (- 45 %) à la suite du renforcement des équipes de sécurité.

Nantes, Rennes, Strasbourg et Grenoble

Sur les bons rails

Les quatre villes présentent un profil similaire. Une offre de transport abondante, construite autour du ferroviaire (Nantes a le plus long réseau de tramway de France, Rennes est la plus petite commune ayant un métro) ; des lignes qui ne sont pas d'une longueur exceptionnelle mais ont des fréquences de passage élevées, Grenoble détenant la palme devant Lyon et Strasbourg. Conséquence, des niveaux de fréquentation supérieurs de près d'un tiers à la moyenne. Les quatre ont réduit la place de la voiture, créant de vastes parkings en début de ligne. Les résultats sont là avec une baisse ou une stagnation de la part de l'auto dans les déplacements (3). À Rennes Métropole, elle est tombée de 59 à 55 %, au profit des transports en commun, qui ont grimpé de 10 à 13 % entre 1999 et 2006. Revers de la médaille, une inégalité territoriale flagrante. Deux lignes de tramways grenobloises (sur quatre) ou l'unique ligne de métro rennaise concentrent près de la moitié du trafic passager. Tram et métro coûtent cher (400 millions d'euros pour l'extension du tram strasbourgeois en 2007, 1,2 milliard d'euros prévus pour les 12,7 km de la future ligne 2 de Rennes). Difficile, dans ces conditions, de développer les transports en périphérie. Un choix assumé par les quatre agglomérations, qui réfléchissent maintenant à l'articulation avec les transports régionaux.

Lille, Toulouse, Bordeaux

Pas à la hauteur

Le trio est doté de réseaux en dessous de ce qu'on pourrait attendre dans des métropoles de cette importance. Malgré l'existence d'un métro, Lille et Toulouse affichent une offre globale et des fréquences de passage décevantes. Le Grand Lille et le Grand Lyon sont proches en termes de taille et de population, mais la fréquentation des transports en commun est 60 % plus élevée à Lyon. Pour Toulouse et Bordeaux, l'écart avec Lyon va quasiment du simple au double. La régie des transports marseillais souffre de graves défauts : horaires insensés (le métro ferme à 21 h en semaine), débrayages fréquents, vitesse de circulation très faible, etc. Et pourtant, elle peut se targuer d'une fréquentation supérieure à celle de ces trois villes ! Signalons, toutefois, que Toulouse a connu une année 2006 difficile, avec des travaux et un retour en régie municipale. La ville a inauguré sa seconde ligne de métro (1,3 milliard d'euros de travaux) en juin 2007. Bordeaux est également en train de développer son tram.

Toulon, Valenciennes, Lens

Ne vois-tu rien venir ?

L'agglomération de Lens-Liévin (62) est spectaculairement sous-équipée en transports en commun. L'offre par habitant est deux fois inférieure à la moyenne de l'échantillon. Les lignes de bus existent, mais elles sont démesurément longues par rapport au nombre de véhicules en service. Résultat, quand les Grenoblois ou les Lyonnais voient passer cinq bus, les Lensois en aperçoivent un ! Ils boudent d'ailleurs un service trop léger. La fréquentation représente à peine 25 % de la moyenne de nos 22 agglomérations. Deux points positifs, tout de même : Tadao est le réseau le moins cher de France et il est en train de s'améliorer, avec des lignes raccourcies et mieux desservies.

À 45 voyages par an et par habitant, Valenciennes est avant-dernière de notre classement. Son réseau est d'une longueur conforme à ce qu'on pouvait attendre d'une agglomération de 347 000 âmes, mais il semble inadapté aux besoins de la population. Avec une offre par habitant équivalente, les transports en commun de Montpellier affichent une fréquentation presque trois fois supérieure à celle de Valenciennes. L'agglomération nordiste est certes étendue, mais cela n'explique pas tout. Une ligne de tram de 9,5 km a été inaugurée en juillet 2006. Souhaitons qu'elle dope la fréquentation, car son coût (242 millions d'euros) laisse peu de marges pour investir dans des bus supplémentaires. Le réseau n'est pas spécialement bon marché, sauf pour les scolaires. Toulon, comme Valenciennes, dispose d'un réseau étendu mais avec des fréquences de passage faibles. L'offre globale frôle la moyenne (avec une particularité, des bateaux-bus) mais la fréquentation est très décevante. Néanmoins, elle a fortement progressé en 2006 (+ 11 %). Il y avait urgence : la circulation automobile est difficile à Toulon.

Productivité

La chute libre

C'est socialement délicat, mais incontestable : la productivité des salariés dans les transports urbains est en recul permanent. L'indicateur de référence est le nombre de kilomètres produits par salarié. À 12 104 km en 2006, il a fondu de 10,7 % en dix ans sur l'ensemble des réseaux. Les salaires absorbant 60 % du budget des transports en commun, l'impact sur le coût de revient est considérable. La hausse du prix des carburants a également joué, mais dans des proportions moindres. Selon Stéphanie Lopez, chargée d'étude à l'Union du transport public (UTP), « la baisse de la productivité est principalement due au recrutement d'agents de sécurité pour lutter contre la délinquance ces dernières années ». « C'est vrai, admet Jean-Michel Ferraris, directeur général du groupe Keolis. Mais nous devons aussi nous interroger sur l'organisation du travail dans nos métiers. »

Erwan Seznec


(1) Le syndicat des transports d'Île-de-France (Stif) en a été exclu car il est beaucoup plus gros que les réseaux de province et soumis à un régime légal spécial.


(2) Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l'agglomération lyonnaise.


(3) Précisons que le vélo assure 17 % des déplacements à Strasbourg contre 3 % à peine dans les autres villes.

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