Brève
26 mai 2007
Pharmacie
Consultation parallèle
Dans le cadre de leur contrat « Réflexe Prévention Santé », les assurances du Crédit mutuel et la Mutuelle des transports de la région lyonnaise proposent un « bilan personnalisé » réalisé tous les 2 ans par un pharmacien. L'Ordre des médecins et deux syndicats posent la question de l'exercice illégal de la médecine.
Ça coûte 21 euros, c'est pris en charge par la complémentaire, ça s'appelle un bilan personnalisé, pourtant, en dépit des apparences, cela ne se passe pas dans un cabinet médical, mais chez le pharmacien. Depuis 2 mois, les assurances du Crédit mutuel et la Mutuelle des transports de la région lyonnaise proposent, dans le cadre de leur contrat « Réflexe Prévention Santé » axé sur les médecines douces, une sorte de consultation officinale, prévue pour avoir lieu tous les 2 ans. Il s'agit de faire profiter l'adhérent « des compétences et conseils du pharmacien pour mettre en oeuvre de bons réflexes de prévention et d'hygiène de vie ». Ce check-up « light » débouche sur un « plan de soins sur mesure » : le patient peut se voir conseiller un traitement homéopathique, une visite chez le diététicien, un sevrage tabagique ou des séances chez l'ostéopathe.
À l'annonce de cette nouveauté, résultat d'un « accord original » entre syndicats de pharmaciens et assureurs, le Conseil de l'ordre des médecins (CNOM) et deux syndicats de médecins - MG France et la Confédération des syndicats médicaux français - ont vu rouge. Ils dénoncent la confusion que pourrait créer dans l'esprit des patients cette pseudo-consultation, qui laisse entendre qu'il est possible de se passer du médecin. Pour le CNOM, l'initiative paraît en outre « contrevenir gravement aux politiques publiques à conduire en matière de prévention, d'autant plus qu'elle tendrait à accréditer la valeur préventive de "médecines naturelles" non éprouvées ». MG France, de son côté, n'hésite pas à crier à l'exercice illégal de la médecine et « utilisera toutes les voies du droit pour s'y opposer ». En réponse, l'Ordre des pharmaciens note que la prévention n'est pas une « chasse gardée », mais un « domaine partagé », selon les mots de son président Jean Parrot. Tout comme les assureurs à l'origine de la polémique, il souligne que les pharmaciens adresseront évidemment le patient à un médecin si nécessaire.
Au-delà de cette guerre entre corporations, il est vrai que cette consultation pharmaceutique est de nature à brouiller les repères des particuliers, car elle sera facturée 21 euros, soit le tarif actuel d'un passage chez le médecin. Reste que le débat qu'elle suscite est symptomatique d'un besoin réel de prévention dans la population, que la médecine moderne a eu tendance à négliger. Les assureurs ont tout intérêt à s'appuyer sur cette aspiration légitime des patients : la surconsommation de médicaments leur coûte très cher, et toute opportunité de modifier le circuit médical habituel est bonne à expérimenter.






