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Pas égaux devant l'ordinateur à 1 euro

Lancée en septembre à grand renfort de communication, l'opération « Un ordinateur portable pour 1 euro par jour » était censée favoriser l'accès aux nouvelles technologies aux étudiants, surtout les moins fortunés. Le syndicat étudiant Unef constate pourtant que les banques censées accorder les prêts ne logent pas tous les étudiants à la même enseigne.

François Fillon, ministre de l'Éducation nationale, présentait à l'automne dernier l'opération « Un ordinateur portable pour 1 euro par jour » comme une véritable opportunité pour « réduire la fracture numérique à l'université ». Mais, comme nous le pressentions déjà lors du lancement de cette louable initiative, les obstacles pour obtenir le fameux prêt auprès des banques partenaires (BNP Paribas, Caisse d'Épargne, Crédit Agricole, Crédit Lyonnais, Crédit Mutuel et Société Générale) se sont avérés bien réels. De son côté, le syndicat étudiant Unef (Union nationale des étudiants de France) a mené une petite expérience aux conclusions plutôt édifiantes quant aux pratiques des banques envers les étudiants désireux de contracter un emprunt pour acquérir un ordinateur.


Ainsi l'Unef a-t-elle envoyé des étudiants se renseigner auprès des banques partenaires de l'opération sur les taux pratiqués et sur les conditions d'obtention du prêt. « Alors que ce système a été présenté comme destiné à aider les plus défavorisés, il profite surtout aux étudiants des filières les plus prometteuses », commente Nadjet Boubakeur, attachée de presse du syndicat étudiant. Effectivement, après un véritable parcours du combattant pour obtenir un rendez-vous avec un banquier, le constat est cinglant : « Les taux d'emprunt diffèrent selon les filières suivies par les étudiants : 2,9 % pour les étudiants en école d'ingénieurs, 4,9 % pour ceux en lettres ! » Mais ce n'est pas tout. Certaines banques n'ont accepté de renseigner les étudiants sur les taux d'emprunt qu'à condition qu'ils ouvrent un compte. D'autres banques ont demandé aux étudiants soit des renseignements très complets sur la situation de leurs parents (métier, salaire, autres emprunts), soit carrément de venir accompagné d'eux. « En fait, comme pour n'importe quel autre prêt, analyse Nadjet Boubakeur, les banques cherchent des garanties, des cautions. Donc les étudiants les plus pauvres, s'ils ne sont pas refoulés, doivent accepter les taux les plus élevés. »


Cette situation était largement prévisible dès septembre dernier, François Fillon ayant donné le champ libre aux six banques partenaires pour mettre en place les offres de prêt. Dans ce genre d'opération, tant que l'État ne se portera pas garant pour les étudiants ou n'imposera pas des conditions strictes aux banques auxquelles il apporte pourtant des clients sur un plateau, mieux vaudra être étudiant à HEC qu'en faculté de sociologie à Nanterre.


Franck Attia

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