Obésité - Petits arrangements avec la loi - Position - éditorial - UFC Que Choisir

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Edito

Obésité

Petits arrangements avec la loi

Photo de Jean-Paul Geai Jean-Paul Geai
Rédacteur en Chef

Le puissant lobby agro-alimentaire a réussi à complètement édulcorer la loi imposant un message sanitaire aux publicités pour les produits alimentaires.

D'ici quelques jours, les publicités pour les produits alimentaires manufacturés et les boissons sucrées vont devoir s'affubler d'un message sanitaire. «Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour», «Évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé», «Pratiquez une activité physique régulière», «Évitez de grignoter entre les repas» : ces slogans doivent en effet désormais accompagner toutes les campagnes publicitaires des entreprises agro-alimentaires, quel qu'en soit le support (radio, télévision, presse écrite, affiches, prospectus). Celles qui dérogeront à cette règle devront s'acquitter d'une taxe de 1,5 % du montant de leur investissement publicitaire, au profit de l'Inpes (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé). Cette obligation découle, avec plus de deux ans de retard, de l'application de la loi de santé publique du 9 août 2004. Par elle, les pouvoirs publics espèrent inverser la courbe de l'épidémie d'obésité qui affecte aujourd'hui plus de 12 % de la population, surtout les enfants. La réponse est pour le moins minimaliste et pas vraiment appropriée à l'ampleur du fléau. Pourtant, avant le vote de la loi, les experts de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) comme ceux de l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) étaient unanimes à réclamer une réglementation plus stricte, voire l'interdiction pure et simple des spots publicitaires vantant les aliments riches en graisses et en sucres qui entrecoupent les émissions pour la jeunesse à la télévision. Et de nombreuses études reconnaissent l'influence néfaste de cette pub télé sur l'équilibre alimentaire des enfants. Déjà peu exigeant, le texte a encore été sérieusement édulcoré par le travail de sape de l'agro-industrie. La loi a certes le mérite de faire le lien entre publicité et obésité. Mais, trop généraux, ces messages sanitaires seront-ils compris du jeune public ? Il est permis d'en douter. Plutôt que de suivre l'avis des experts en santé publique, à l'instar de la Grande-Bretagne ou de la Suède qui ont banni du petit écran les spots alimentaires en direction des enfants, la France a préféré céder aux sirènes des industriels.


Paru dans le Mensuel n° 446 - mars 2007

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