| 25/04/06 Crédit à la consommationHypothéquer pour consommer Le gouvernement vient de mettre en place deux nouvelles formes de crédit qui consistent à hypothéquer son logement pour pouvoir dépenser plus. Mais en contractant un crédit hypothécaire rechargeable ou un prêt viager hypothécaire, les consommateurs risquent, en cas de non remboursement, de devoir se séparer de leur résidence principale.
Donner sa maison en gage pour s'offrir une voiture, un téléviseur à écran plasma ou des vacances de rêve au bout du monde, voilà la dernière trouvaille du gouvernement pour faire consommer davantage les Français et soutenir la croissance économique. L'idée, empruntée en partie au modèle anglo-saxon, consiste à hypothéquer son logement pour dépenser plus. Pour cela, deux mécanismes, sous la forme d'ordonnances signées le 22 mars en Conseil des ministres, ont été prévus : le crédit hypothécaire rechargeable et le prêt viager hypothécaire. Le premier consiste à permettre aux ménages, au fur et à mesure du remboursement d'un emprunt immobilier garanti par une hypothèque, de contracter plus facilement de nouveaux crédits dans la limite des sommes déjà remboursées, l'hypothèque sur le logement servant de garantie. Le second ouvre la possibilité à une personne âgée en manque de ressources de percevoir un complément de retraite, sous la forme d'un capital ou d'une rente viagère, garanti là encore par une hypothèque sur son bien immobilier. À sa mort, deux possibilités : soit la banque se rembourse en vendant le logement, soit les héritiers conservent le bien et remboursent la banque des sommes prêtées. Pour originales qu'elles soient, ces nouvelles formes de crédit ne sont pas sans risque. Les prêts octroyés dans ces conditions ne sont plus fonction des revenus de l'emprunteur mais de la valeur de son patrimoine immobilier. Certes, la somme prêtée ne pourra pas dépasser la valeur de l'habitation déjà remboursée. Mais le danger existe de précariser toute une catégorie de gens, les plus vulnérables qui, poussés par les établissements de crédit, risquent d'emprunter au-delà de leurs capacités réelles de remboursement et, ainsi, de se retrouver rapidement dans une situation de surendettement. Pour les organismes de crédit, aucun risque : l'hypothèque prise sur l'habitation les met à l'abri de toute défaillance de l'emprunteur. À l'inverse, tout défaut de remboursement du particulier signe la vente de sa résidence principale.
Jean-Paul Geai
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