| 25/09/07
Erreur de diagnostic
Chacun de nous a dépensé en moyenne 2 477 euros l'an dernier pour se soigner. La facture des dépenses de santé s'élève au total à 156,6 milliards d'euros. Un montant à la hausse dont la Sécurité sociale a réglé 77 %, plongeant le déficit de sa branche maladie à près de 6 milliards. 2007 ne s'annonce guère mieux malgré les mesures en vigueur depuis août (forfait de 1 euro déplafonné jusqu'à 4 euros par jour et moindre remboursement des frais engagés hors parcours de soins coordonné). Le traitement de choc infligé en 2004 par Philippe Douste-Blazy, alors ministre de la Santé, devait pourtant remettre la Sécu sur pied dès cette année. Loin de la guérison, c'est plutôt la rechute. Et le gouvernement, qui table l'an prochain sur une nouvelle progression des dépenses maladie de l'ordre de 2,8 %, reporte l'équilibre des comptes à 2010. À voir ! Car, pour réduire le trou de la Sécu, le discours et les prescriptions ne changent guère : il faut «responsabiliser» l'usager qui reste un gros consommateur de soins en général, de médicaments en particulier, et donc le frapper au porte-monnaie en multipliant les franchises médicales, déremboursements et autres pénalités. Bref, aux mêmes maux, les mêmes remèdes. Et si c'était le diagnostic qui était en partie erroné ? Si, pour une fois, et pour parler comme les économistes, on regardait du côté de l'offre plutôt que de se focaliser sur la demande. Car, même s'il est vrai que les Français sont de gros consommateurs de médicaments, arrêtons d'en faire les éternels coupables d'un système à la dérive. Le dossier que nous publions met en lumière une politique du médicament aberrante. L'assurance maladie rembourse des médicaments qui coûtent de plus en plus cher et donc aggravent le déficit, sans apporter une réelle avancée thérapeutique. Certains sont même moins efficaces que ceux qu'ils sont censés remplacer ! Bizarrement, les autorités de santé ne s'en inquiètent guère. Quand l'industrie pharmaceutique investit chaque année des milliards d'euros en marketing, elle en attend forcément des retombées à travers les prescriptions des médecins qui, par routine ou complaisance, ne se posent pas trop de questions. Le Leem, le syndicat professionnel des entreprises du médicament, se dit prêt à coopérer avec les pouvoirs publics pour mettre en oeuvre des réformes, quitte à ce que certaines se traduisent par une baisse du chiffre d'affaires. Chiche !
Jean-Paul Geai
| |