| 26/12/07
Le poisson sent le mazout
Alors que les nutritionnistes recommandent d'en manger au moins deux fois par semaine, les Français consomment peu de poisson. Trop cher, objectent-ils. Si c'est vrai, la décision d'introduire une taxe sur le prix des produits de la mer ne va pas inverser la tendance. En plein conflit des pêcheurs sur la hausse des coûts des carburants, Nicolas Sarkozy a promis de compenser le renchérissement du litre de gazole au-delà de 0,30 euro en allégeant les charges sociales des entreprises de pêche. Mais une telle aide directe aux patrons pêcheurs ne peut durer sans être condamnée par la Commission européenne comme une entrave à la libre concurrence. Dans un contexte de hausse généralisée des prix des produits alimentaires et de baisse du pouvoir d'achat, appliquer une taxe sur les étiquettes à l'étal des poissonneries n'aurait pas été du meilleur effet. Les députés ont donc voté la mise en place d'une taxe de 2,6 % sur la vente de poissons au port, dans les criées, en espérant qu'au final cette décision pèse peu dans le porte-monnaie des consommateurs. Rien n'est moins sûr car on voit mal les intermédiaires rogner sur leurs marges et, dans les poissonneries, les prix pourraient bien s'envoler. Et la consommation de poisson, qui avait pourtant repris quelques couleurs avec la crise de la vache folle, s'effondrer de nouveau. Une récente étude du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) relève que 25 % des Français n'achètent jamais de poisson frais en raison de son prix. « Chaque augmentation du prix du poisson se traduit immédiatement par une baisse de la consommation dans les mêmes proportions », s'inquiète Philippe Paquotte, économiste à l'Ofimer (Office national interprofessionnel des produits de la mer). Cette taxe devrait permettre de collecter de 80 à 100 millions d'euros l'an pour venir en aide aux marins pêcheurs. Si c'est la somme à payer pour porter secours à une profession sinistrée par la flambée des prix du pétrole, les parlementaires n'auraient-ils pas été mieux inspirés de voter un prélèvement exceptionnel sur les bénéfices gigantesques des compagnies pétrolières ? Ils viennent bien de le faire pour financer le doublement de la prime à la cuve en faveur des ménages modestes qui se chauffent au fioul. Bonne et heureuse année 2008.
Jean-Paul Geai
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