Loi énergie Il y a de l'eau dans le gaz

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26/09/06
Loi énergie

Il y a de l'eau dans le gaz


Le débat politique polarisé sur la privatisation de Gaz de France (GDF) occulte un enjeu majeur pour le consommateur, qui pourrait bien être la première victime des conditions de la mise en oeuvre de la libéralisation des prix.

À partir du 1er juillet 2007, le consommateur aura le choix pour régler sa consommation d'énergie : soit garder son contrat d'abonnement et continuer de régler sa facture à EDF et GDF au tarif régulé, c'est-à-dire contrôlé par l'État, soit opter pour les tarifs libres que proposeront EDF et GDF ou d'improbables vrais concurrents. L'intérêt des opérateurs sera de convaincre un maximum de personnes d'abandonner le tarif encadré pour des prix révisables à tout moment. Au départ, les offres ne manqueront pas d'attractivité car il faudra bien persuader le consommateur de renoncer au tarif régulé. Pariant sur les bienfaits d'une concurrence censée contenir les prix, celui-ci ne risque-t-il pas d'être piégé ? Dans l'hypothèse plus que probable d'une dérive des prix du gaz et de l'électricité sur le marché français, compte tenu de la situation de quasi-monopole des deux opérateurs historiques, ce consommateur pourra-t-il revenir au tarif réglementé ? La libéralisation, en 2000, des marchés de l'énergie pour les entreprises devrait servir de leçon. Croyant flairer la bonne affaire, 12 % d'entre elles ont cédé à l'alléchante offre d'un fournisseur sur le marché libre et subi, en moins de deux ans, une hausse tarifaire de 80 à 100 %, sans pouvoir revenir au tarif régulé. Après une telle expérience, le gouvernement peut-il laisser courir au consommateur un tel risque inflationniste ? Peut-on admettre que, sur le même palier d'un immeuble, l'occupant de l'appartement de gauche paie son électricité à EDF et son gaz à GDF à un tarif maîtrisé, et que son voisin de droite, qui aura cru aux vertus du marché, soit obligé de payer, sans aucune échappatoire, son électricité à EDF et son gaz à GDF à un prix qui s'envole ? Car, au moment où la discussion s'ouvre au parlement, la réversibilité tarifaire n'est absolument pas à l'ordre du jour. La Commission des affaires économiques a bien adopté un amendement permettant aux entreprises victimes des dérives des marchés libres de revenir au tarif régulé, mais elle l'a rejeté pour les particuliers. Comment la France pourrait-elle refuser au consommateur la possibilité de revenir au tarif réglementé alors que le gouvernement espagnol vient de l'admettre ? Parce que les marchés du gaz et de l'électricité ne sont et ne seront pas, avant un avenir lointain, effectivement concurrentiels, la question primordiale que devra se poser toute personne sera celle de savoir si, au final, la loi lui garantit un droit de retour au tarif encadré. À défaut, il sera du devoir de l'UFC-Que Choisir d'appeler le consommateur à la plus grande méfiance vis-à-vis du marché, laissant le gouvernement prendre la responsabilité de l'échec de la réforme.



Alain Bazot

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