Pilules amères en libre-service

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27/05/08

Pilules amères en libre-service



Dans quelques jours, plus de 200 médicaments seront à portée de main des clients dans les pharmacies. Tous délivrés sans ordonnance, ils sont destinés à soigner les petits bobos (rhumes, douleurs et fièvre, maux de gorge, digestion difficile...). À terme, une fois la liste définitivement arrêtée par l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), ce sont plus de 3 000 spécialités qui seront ainsi proposées en libre-service dans les officines. Par cette réforme, le gouvernement entend faire coup double : accroître l'automédication et faire baisser les prix. Encourager l'automédication, c'est à coup sûr diminuer le trou de la Sécu, dont le déficit devrait encore avoisiner les 7 milliards d'euros cette année. Car, pour l'heure, le budget d'automédication reste faible : 27 euros par an contre 44 euros pour un Britannique, 47 euros pour un Italien ou 60 euros pour un Allemand. Mais le gouvernement entend aussi peser sur les prix en favorisant la concurrence entre les pharmacies afin de redonner du pouvoir d'achat aux consommateurs. Non remboursés par l'assurance maladie, les prix de ces médicaments courants sont en effet libres et peuvent varier du simple au double selon les officines. Mais, faute d'accès direct à ces remèdes dans les rayons, peu de consommateurs osaient jusqu'à présent comparer leurs coûts avant de passer à la caisse. Leur présentation devant le comptoir pourrait bien inverser la donne. C'est du moins ce qu'espère la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Rien n'est moins sûr. Car si la Sécu y trouve son compte, le consommateur, lui, ne sera pas forcément gagnant. Outre que l'automédication n'est pas anodine, plusieurs de ces médicaments en libre accès ont leur équivalent remboursable qui, lui, restera bien caché dans le dos du pharmacien. Et afin de peser le moins possible sur les finances de l'assurance maladie, les prix de ces spécialités remboursables sont encadrés par l'État et toujours moins élevés. C'est donc logiquement vers ces produits, interdits de publicité, que devraient s'orienter les patients. Et non vers ceux en self-service. L'envolée constatée des prix des médicaments déremboursés par la Sécurité sociale ne plaide en effet guère en leur faveur.



Jean-Paul Geai

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