Déjà abonné ?  S'identifier
 

Diminuer la policeAugmenter la police Imprimer

Editorial

Directive médicament

La porte ouverte aux labos

img_alainbazot Alain Bazot
Président de l'UFC-Que Choisir

Refusé par les députés européens, qui lui ont claqué la porte au nez, le « coaching » des malades par l'industrie pharmaceutique revient par la fenêtre nationale. Le gouvernement s'apprête à autoriser les laboratoires à développer des « programmes d'aide à l'observance ».

D'une rédaction aussi peu claire que la composition des médicaments, le projet de loi transposant en droit français une directive européenne sur le médicament dispose que le gouvernement peut prendre les mesures pour « régir les actions d'accompagnement des patients soumis à des traitements médicamenteux, financés par les établissements pharmaceutiques ». En clair, cela revient à légaliser les « programmes d'aide à l'observance », peu répandus jusqu'à présent et par lesquels les laboratoires pharmaceutiques s'invitent au domicile des patients pour les inciter à bien prendre leurs médicaments. Concrètement, les patients sous traitement recevront des appels téléphoniques ou des SMS de laboratoires avant d'ouvrir leur porte à des infirmières chargées de s'assurer que la pilule X ou le comprimé Y ont bien été avalés. Les firmes cherchent ainsi à obtenir ce que la directive elle-même leur a refusé : contourner les médecins et entrer directement en communication avec les patients, pour les inciter à poursuivre coûte que coûte leurs traitements et accroître ainsi la « rentabilité » des prescriptions. Les prétendus garde-fous adoptés par les députés ne dissipent en rien les inquiétudes sur ces visites médicales qui, selon le texte de loi, restent « financées » par l'industrie pharmaceutique... En effet, l'amendement qui subordonne la mise en oeuvre de ces programmes d'observance à une autorisation préalable de l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) prétend octroyer une crédibilité scientifique à des pratiques qui, dans les faits, favorisent les seuls intérêts des laboratoires. Les obligations auxquelles devraient répondre ces programmes ne sont pas précisément définies et le contrôle in situ des pratiques des laboratoires est illusoire. En outre, la participation à ces programmes ne se ferait, certes, que sur proposition des médecins mais les « prestataires » intervenant auprès des malades ne sont pas clairement identifiés. Comment les députés ont-ils pu admettre que l'industrie pharmaceutique s'immisce dans le suivi des comportements des malades, au risque que cet accompagnement soit contraire à leur intérêt et, plus largement, contraire à l'intérêt général dans le cadre de la rationalisation des dépenses de santé ? La situation est d'autant plus préoccupante qu'on peut parier que ces programmes d'accompagnement ne seront pas délivrés à dose homéopathique. Les exemples américains et néozélandais, seuls pays à admettre sans réserve les programmes d'observance, démontrent en effet que les laboratoires y consacrent des budgets publicitaires colossaux. Il n'y a pas de raison qu'en France ces mêmes programmes dérogent à la règle. Désormais, seuls les sénateurs, qui à l'heure où nous mettons sous presse examinent ce projet de loi, peuvent encore fermer la porte aux visites à domicile des laboratoires. Espérons qu'à la différence de leurs collègues de l'Assemblée, ils se rappellent qu'il vaut toujours mieux prévenir que guérir !

Voir aussi
Exprimez-vous dans notre forum

> Médicament