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Editorial

Un silence assourdissant

JPG Jean-Paul Geai
Rédacteur en chef

Après un parcours des plus chaotiques, la loi Création et Internet, la fameuse loi Hadopi, tarde à entrer en vigueur. Faute de décrets d'application, la Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet se voit dans l'impossibilité d'adresser ses premiers courriers d'avertissement aux « pirates » du Net. Chargée de lutter contre le téléchargement illégal, la loi prévoit en effet une riposte graduée : lorsqu'un internaute téléchargera gratuitement, violant ainsi le droit d'auteur, une oeuvre musicale ou cinématographique depuis Internet, il sera d'abord rappelé à l'ordre par l'envoi d'un mail d'avertissement puis, en cas de récidive, d'une lettre recommandée, et enfin par la suspension de son abonnement à Internet. Le tout pouvant être assorti d'une peine allant jusqu'à trois ans de prison et 300 000 euros d'amende. Pour terrible qu'il apparaisse, tout cet arsenal est contestable car n'importe quel « bidouilleur » informatique a déjà trouvé la parade pour échapper au gendarme du téléchargement illégal. Voir sa connexion Internet piratée est aujourd'hui simple comme bonjour et, avec le développement des systèmes Wi-Fi, des personnes qui n'ont pas téléchargé risquent de se retrouver condamnées. Ce n'est pas parce que l'industrie du disque n'a pas su anticiper la « révolution numérique » que les consommateurs doivent être privés du libre accès à Internet. Certes, il faut rémunérer la création, mais il est temps que les majors admettent que leur modèle économique est trop mal en point pour être sauvé par la peur du gendarme. Encore au berceau, l'Hadopi est déjà vouée à l'échec. Comprenant que le volet répressif serait insuffisant, le gouvernement a mis en place une commission chargée de réfléchir à une offre légale de contenus culturels sur le Web. Annoncée pour le 15 novembre, la publication de son rapport est sans cesse repoussée tant la commission a du mal à dégager un consensus. À croire qu'élaborer un modèle de diffusion des oeuvres qui assure à la fois un accès de tous à une culture diverse et un financement équitable pour les artistes relève de la mission impossible.

Très bonne et heureuse année 2010.

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