Consultation à distance

Ça démarre doucement

Publié le : 31/10/2010 

Décrire ses symptômes par webcam sans passer par la case « salle d’attente », et recevoir son ordonnance par courriel ? Ce sera bientôt possible, mais seulement dans les zones où il y a peu de médecins, et dans les cas où l’auscultation n’est pas indispensable ou peut être faite par un autre professionnel de santé.

 

La parution du décret autorisant la télémédecine a, la semaine dernière, déclenché une avalanche de gros titres annonçant rien de moins qu’une révolution : la possibilité de consulter son médecin par Internet. La réalité et les intentions sont loin d’être aussi abouties. Cette reconnaissance juridique des actes médicaux à distance n’est que le premier pas d’un long processus. Qui passe par l’application de projets devant d’abord être validés par les agences régionales de santé (ARS).

Proclamer la généralisation de l’« e-consultation » est donc un peu prématuré. Sans compter que la nuance s’impose. La téléconsultation ne sera pas pour n’importe qui, n’importe quand. Surtout, elle n’a pas vocation à remplacer la consultation traditionnelle : personne n’a encore trouvé le moyen de palper l’abdomen par webcam interposée… Toutefois, dans certaines zones où les médecins se font rares, elle peut éviter des déplacements coûteux en temps et en énergie. « On peut imaginer qu’un médecin généraliste isolé fasse une partie de ses actes en téléconsultation », souligne Jean-Yves Robin, directeur de l’Agence des systèmes d’information partagés (ASIP) de santé. Notamment pour les patients qu’il connaît et qui ont, par exemple, besoin d’un simple renouvellement de prescription. Un tel système est d’autant plus pertinent si le malade a, à ses côtés, au moment de la téléconsultation, l’infirmière ou le kinésithérapeute qui le suit régulièrement, et qui peut l’assister dans son dialogue avec le médecin.

Améliorer le suivi et prévenir les complications

La télésurveillance est une autre déclinaison, au domicile du patient, de la télémédecine. Son but : améliorer le suivi, et prévenir les complications. « En Basse-Normandie, explique Pierre Simon, président de l’Association nationale de télémédecine, le domicile d’insuffisants cardiaques a été équipé d’une borne de dialogue où sont entrées quotidiennement des données comme le poids, la tension, la composition des repas. Ces informations sont transmises à un centre de surveillance et regardées de près par des infirmières, qui en réfèrent à un médecin s’il y a besoin d’adapter la prescription. » Le bon déroulement d’un tel système suppose que les médecins aient vu au préalable les patients en consultation traditionnelle, et qu’ils aient accès au dossier médical.

Il nécessite aussi, au quotidien, un équipement (webcam, connexion à Internet) du patient comme du médecin, ainsi qu’une sécurisation digne de ce nom. Car l’échange de données de santé appelle une protection particulière : le consentement du malade, l’identification sécurisée des professionnels de santé, le compte-rendu en bonne et due forme, et la traçabilité des informations. C’est un chantier de longue haleine, qui a un coût.

Parallèlement devraient se développer des aspects de la télémédecine mieux connus, parce que déjà entrés dans les mœurs : la téléexpertise, qui permet à un généraliste, par exemple, de consulter à distance un cardiologue ou un oncologue et de lui transmettre le résultat d’examens –radios, analyses biologiques – pour lui demander son avis sur un cas ; et la téléassistance, procédure au cours de laquelle un professionnel en assiste un autre à distance pour un acte médical précis.

La mise en œuvre de projets devrait aussi aider à imaginer comment ces actes vont être tarifés, et remboursés aux patients.

Téléconseil

Pour illustrer l’inéluctable évolution vers la téléconsultation, des journaux ont fait le parallèle avec des sites comme Docteurclic.com et Medecindirect.com. Ces espaces de dialogue sur Internet entre des patients et des médecins relèvent toutefois davantage du téléconseil que de la téléconsultation… Les internautes, après avoir payé une sorte d’abonnement, posent leur question, un médecin leur répond. Mais de façon prudente, car pour le moment, il n’y a pas de diagnostic ni de prescription à la clé.

Anne-Sophie Stamane

Contacter l’auteur(e)

asstamane