par Pascale Barlet
par Pascale Barlet
40 ans après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, la France se rappelle… À la rédaction de Que Choisir, nous avons retrouvé le numéro spécial édité un an après la catastrophe, en avril 1987. 58 pages dédiées à l’événement, dont une grande enquête de terrain réalisée grâce aux associations locales de Que Choisir Ensemble (anciennement UFC-Que Choisir) pour mesurer la radioactivité des produits alimentaires en France. Un numéro collector, avec des dessins de Cabu.
C’est un triste anniversaire. Il y a 40 ans, le 26 avril 1986, survenait une catastrophe nucléaire de celles que le monde entier redoute. Le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine (à l’époque intégrée à l’URSS), explosait, plongeant l’Europe et la France dans l’effroi. En avril 1987, le magazine Que Choisir éditait un numéro spécial : « Tchernobyl, ce qui est resté radioactif ».
Un pavé dans la mare car, en collaboration avec la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), les associations locales avaient prélevé des échantillons de fruits et légumes, de viandes, de lait, de foin, etc., partout en France (plus de 1 000 mesures !) pour en évaluer le taux de radioactivité. Et les résultats étaient loin d’être rassurants… Retour sur une enquête historique.
Entre avril 1986 et avril 1987, une équipe de Que Choisir et d’enquêteurs locaux, associée à des ingénieurs et à des laboratoires indépendants comme la Criirad, a collecté des produits alimentaires partout en France. « Les enquêteurs se sont particulièrement attachés aux régions qui avaient connu de fortes pluies au moment de l’accident. Le degré de contamination de la terre et des végétaux s’avère très fortement lié à l’intensité des pluies qui ont lessivé le nuage de Tchernobyl de ses poussières radioactives et les ont précipitées au sol. » C’est un des facteurs de la contamination.
Dans son numéro spécial, Que Choisir présente les cartes des régions les plus contaminées. C’est le cas notamment du Sud-Est, avec les départements de l’Ain, de l’Isère, de la Drôme ou encore la Corse. C’est ainsi de 800 à 3 000 Bq/kg de césium-137 (un isotope radioactif) qui sont mesurés dans les foins destinés au bétail, tandis que la norme européenne admise est fixée à 600 Bq/kg.

Mais pour bien comprendre l’intérêt de ces mesures, il faut se remémorer la communication officielle suite à cet événement. Le 6 mai 1986, le ministère de l’Agriculture affirmait dans un communiqué de presse : « Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radioactivité consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl. »
Vient ensuite la prise de parole du professeur Pellerin, directeur du SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants), sur le plateau de TF1, où il reconnaissait que le « nuage » avait survolé la France. Toutefois, dans leur grande majorité, les autorités ont nié les conséquences écologiques et sanitaires que le nuage de Tchernobyl avait pu avoir sur le territoire français.
De leur côté, les autorités soviétiques ont attendu trois jours avant de communiquer sur l’accident via l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Au départ, les Occidentaux ont tout simplement eu la crainte que l’URSS refuse d’expliquer ce qu’il s’était passé, rappelle Louis Mesuret, alors rédacteur en chef de Que Choisir. L’autre objectif des démocraties européennes était de mettre de la distance entre le programme nucléaire soviétique et le leur. Il s’agissait de calmer les inquiétudes de la population.
40 ans après, les questionnements d’hier font écho à ceux d’aujourd’hui. Alors que dans les années 1970, la France était pionnière dans le domaine du nucléaire, elle est aujourd’hui trop dépendante de la production d’énergies fossiles. Pétrole et gaz couvrent près de 60 % de nos consommations.
Outre la problématique des émissions de gaz à effet de serre, cette situation souligne notre dépendance à des puissances étrangères comme la Russie ou les États-Unis. Inconfortable… et chère. Le nucléaire semble être, pour le président de la République, une solution. En 2022, il a ainsi annoncé le programme EPR2, qui vise à construire 6 nouveaux réacteurs de forte puissance, à Penly (76), Gravelines (59) et Bugey (01), pour une première mise en service d’ici 2038. Un projet présenté comme le chemin vers la décarbonation.
Ce n’est pas anodin d’aller à Tchernobyl !
QC. À l’occasion des 40 ans de la catastrophe nucléaire, vous venez de vous rendre sur place. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
L’équipe France Télévisions. Ce n’est pas anodin d’aller à Tchernobyl ! Au départ, on avait quelques appréhensions. En réalité, c’est très bien organisé et l’on est pris en charge par des gens très compétents. Nous étions équipés de compteurs Geiger qui bipaient en permanence ! Il faut savoir que la dose tolérée est de 0,1 microsievert par heure et, par endroits, nous avons atteint 80. C’est l’endroit le plus radioactif au monde.
QC. Plus de 1 000 personnes travaillent au quotidien à la sécurité de la centrale, cela pose la question de celle-ci dans un pays en guerre comme l’Ukraine.
L’équipe France Télévisions. C’est certain ! En février 2025, le sarcophage qui contient les émanations radioactives du réacteur 4 a été attaqué par un drone russe. Fort heureusement, pas de dégâts majeurs ! Mais c’est un risque potentiel. Aujourd’hui, plus de 1 000 personnes travaillent à la maintenance d’une centrale qui ne fonctionne plus. Et les ingénieurs sur place nous ont dit qu’il faudrait compter 250 000 ans pour que le site ne soit plus radioactif.
QC. D’ailleurs, l’Ukraine a-t-elle les moyens d’assurer cette sécurité ?
L’équipe France Télévisions. Il faut compter 27 tonnes de diesel par jour pour refroidir les réacteurs. À un moment donné, les techniciens en manquaient, ils ont dû demander à des chars russes de les ravitailler. Les paradoxes de l’histoire…

Pascale Barlet
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