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Obsolescence programmée

Trop de produits à durée de vie limitée

C’est au tour du Centre européen de la consommation de dire « basta ! » à l’obsolescence programmée. Dans son rapport, il pointe les dérives de l’industrie et montre, preuves à l’appui, que les durées de vie des lave-linge, voitures ou téléphones portables sont délibérément raccourcies. Il formule des recommandations pour que cela cesse.

Obsolescence programmée

Il y a peu, le sénateur Jean-Vincent Placé présentait une proposition de loi sur l’obsolescence programmée des appareils électriques et électroniques.  Un rapport publié la semaine dernière par le Centre européen de la consommation (CEC), va dans le même sens (1). Il fustige les tactiques de l’industrie pour que nos appareils nous lâchent vite, trop vite. Comment ? Les moyens ne manquent pas. On peut introduire volontairement une défectuosité ou une fragilité (pièces en plastique), un arrêt programmé à partir d’un certain nombre de cycles, une limitation technique, une impossibilité de réparer (pièces soudées) ou encore une non-compatibilité logicielle. La panoplie est vaste. Illustration.

Des exemples concrets

- L’obsolescence par défaut fonctionnel : qu’une seule pièce tombe en panne et l’appareil cesse de fonctionner ! Les lave-linge seraient ainsi programmés pour tomber en panne après 2 000 à 2 500 cycles de lavage (soit 10 ans d’utilisation) ; 80 % des appareils sont désormais dotés de cuve en plastique et les roulements à billes – des pièces indispensables qui s’usent très vite – sont directement moulés dans celle-ci. S’ils ne fonctionnent plus, il faut changer toute la cuve. But ? Empêcher la réparation (impossible ou trop onéreuse) pour forcer le consommateur à jeter le bien en panne et à en racheter un autre. Idem pour un téléviseur : comptez 20 000 h de fonctionnement ou 9 années d’utilisation. Sur les téléviseurs LCD ou plasma, c’est le condenseur qui flanche le plus souvent. Il est vrai qu’il est parfois placé là où il chauffera le plus vite, résultat il gonfle et se casse. Votre téléviseur ne s’allume plus, le voilà bon pour la casse. France 2, dans l’émission Cash Investigation, l’avait parfaitement illustré en 2012.

- L’obsolescence par incompatibilité : elle sévit dans le secteur informatique, c’est le cas des logiciels. Impossible de télécharger des applications sur un smartphone par manque de mémoire vive. Moralité, vous devrez acheter un modèle plus récent pour y parvenir.

- L’obsolescence indirecte : ici ce sont les accessoires qui sont à l’origine du problème. Sur les téléphones portables, il n’est pas toujours facile d’enlever la batterie, ni d’en trouver une de remplacement. Idem pour le chargeur. Le cas le plus flagrant reste celui des lecteurs MP3 d’Apple et des batteries inamovibles équipant les iPods de 1re, 2e et 3e générations, qui ont une durée de vie de 18 mois. La menace d’une « class action » lancée aux États-Unis a ramené le fabricant à de meilleurs sentiments… Il a dédommagé ses clients et propose désormais des batteries de remplacement. Le CEC rappelle que dans l’Union européenne, le fait de rendre inamovible les batteries est un procédé illégal. La directive européenne 2006/66/EC oblige les fabricants de matériel électronique à proposer des appareils permettant de les retirer pour les recycler plus facilement.

- L’obsolescence par notification : c’est le cas des imprimantes. La vôtre vous avertit qu’il faut changer la cartouche d’encre ? En fait, vous pouvez encore imprimer quelques dizaines de feuilles, car elle triche et anticipe. Et si apparaît un message d’erreur sur l’écran d’ordinateur comme « réservoir d’encre plein » ou « une pièce de l’imprimante ne fonctionne plus, veuillez vous adresser au fabricant », c’est qu’une puce placée dans l’imprimante enregistre le nombre d’impressions faites et, au bout d’un nombre prédéterminé par le fabricant, se bloque automatiquement. Et le tour est joué !

Et n’oublions pas « l’obsolescence esthétique », qui pousse le quidam à acheter le téléphone dernier cri ou le baladeur qui vient de sortir. Mais ça, c’est un autre problème.

À l’UFC-Que Choisir, nos tests n’ont jamais révélé d’obsolescence vraiment « programmée » au sens où une puce viendrait interrompre un cycle de fonctionnement par exemple. En revanche, l’association reconnaît que l’obsolescence est effectivement organisée sous différentes formes (produits plus fragiles, pièces non disponibles…).

Halte au gâchis !

Même si quelques pays européens ont anticipé (Belgique, Pays-Bas, Finlande), le CEC souhaite que l’Union européenne – bien trop frileuse sur le sujet – se saisisse enfin de cette question. Pour permettre aux consommateurs de faire un choix en toute connaissance de cause, le CEC recommande que chaque appareil comporte à minima ces informations :

  • Durée de vie : le nombre approximatif de cycles de lavage, de pages imprimées, de kilomètres parcourus… devrait figurer sur l’étiquette et la durée de la garantie légale de conformité allongée en conséquence. Elle est actuellement de 2 ans (au cours des 6 premiers mois, le consommateur n’a pas à apporter la preuve du défaut) et devrait passer progressivement à 5 ans (et la période au cours de laquelle le consommateur n’a pas à apporter la preuve étendue à 2 ans) si la proposition de loi d’Europe écologie les Verts est acceptée. En France, il existe également une garantie légale contre les vices cachés, elle est de 2 ans à partir de la découverte du vice caché.
  • Possibilité de réparation et durée de disponibilité des pièces détachées. La proposition de loi française avance une durée de 10 ans après l’achat.
  • Impact environnemental : fournir des indicateurs sur l’impact de CO2 émis, la quantité de matières non renouvelables utilisées (or, argent, étain), la conception écoresponsable (utilisation limitée de substances dangereuses, emploi de matériaux recyclés…).
  • Possibilités de recyclage de l’ancien appareil. Le CEC rappelle que 70 % des déchets d’équipements électriques et électroniques (les DEEE) sont incinérés, enfouis ou traités dans des filières informelles. Sur les 30 % récupérés via la collecte sélective, seuls 2 % seraient réemployés. En France, on a collecté 417 000 tonnes de DEEE en 2010 (soit 6,5 kg/habitant) alors qu’ils représenteraient entre 16 et 20 kg/habitant/an.

Le site www.eco-systemes.fr recense tous les points de collecte proches de chez vous. Particulièrement utile pour les grille-pain, sèche-cheveux, radio… Les congélateurs ou lave-vaisselle sont quant à eux repris lors d’un nouvel achat.

(1) Le Centre européen de la consommation fait partie du réseau européen ECC-Net, créé par la Commission européenne en 2005.

Micaëlla Moran


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