| 24/08/04
La grande distribution raconte des salades
Le mythe des prix bas dans la grande distribution en prend de nouveau un coup. Les résultats de notre enquête sont pour le moins déconcertants. L'idée que les fruits et légumes en grandes surfaces sont moins chers que sur les marchés traditionnels fait partie de celles qui, jusqu'à présent, étaient parmi les mieux ancrées dans les esprits. Il faut se rendre à l'évidence, la légitimité des grandes surfaces fondée sur les prix bas est à revoir. Pourtant, les achats de fruits et légumes s'effectuent à 59% en grandes et moyennes surfaces. Des achats pour lesquels bien souvent le désir de qualité et de diversité du consommateur se trouve sacrifié, souvent par nécessité budgétaire, sur l'autel de la modicité supposée des prix. Faut-il dans ces conditions s'étonner du fait que la consommation soit en diminution ? 73,9kg de fruits consommés en 2003 contre 80,5kg en 1998, et 71,2kg contre 83,2 s'agissant des légumes. On le sait, sur le plan nutritionnel, cette tendance est particulièrement fâcheuse car l'intérêt des produits frais en terme de santé, notamment de prévention des maladies cardio-vasculaires, n'est plus à démontrer. En guise d'explication, se contenter de désigner le mode de vie de nos concitoyens ou les modes alimentaires n'est plus admissible. La cherté aujourd'hui démontrée est un facteur tout aussi déterminant. Avec une consommation en baisse et, pourtant en parallèle, une forte augmentation des sommes dépensées par les ménages en fruits et légumes depuis 1998, une conclusion s'impose : les prix se sont envolés, et c'est encore la grande distribution qui empoche la mise ! Malgré cela, à la faveur de l'accord de Bercy conclu en juin, les grandes surfaces auront une occasion en or et à bon compte de se valoriser et de communiquer sur de prétendues baisses de prix à la rentrée, diminutions de 2% censées s'appliquer sur quelques produits de marque. Sans parler des campagnes publicitaires tapageuses sur la vie pas chère, les prix coûtants et autres tickets réductions propres à orienter - pour ne pas dire manipuler - le choix des consommateurs. L'UFC-Que Choisir a refusé de signer cet accord qui cautionne un rachat de conduite à bon compte, mais appelle à une véritable transparence dans la pratique des marges arrière et à une meilleure application de la loi Galland. À dire vrai, nous attendons maintenant beaucoup des conclusions de la commission présidée par Guy Canivet dont les propositions sont attendues pour la mi-octobre. Reste qu'elles ne régleront pas tout. On ne peut en effet incriminer l'excès de marges arrière, cinq à sept fois moins élevées que dans les autres secteurs, pour expliquer la cherté des fruits et légumes en grandes surfaces. Le problème trouve sa source plus fondamentalement dans le modèle de développement du secteur, un modèle fondé sur une concentration particulièrement néfaste. Tout cela pose question sur la place qu'occupe aujourd'hui cette forme de distribution et l'intérêt qu'en tirent réellement les consommateurs.
Alain Bazot
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