| 26/10/04
Péril en la demeure
Trop longtemps ignorée au profit de la pollution atmosphérique, la pollution de l'air intérieur reste encore sous-estimée. Et pourtant, test après test, Que Choisir révèle la présence de substances hautement toxiques dans de nombreux produits d'utilisation courante (peintures, produits lave-vitres, shampooings, déodorants...). Ce mois-ci, parmi les dix-huit nettoyants ménagers testés (lire p. 52), onze rejettent des molécules nocives dans l'atmosphère de nos habitations. Deux d'entre eux sont même à éliminer des placards. Les doses de formaldéhyde qu'ils émettent sont dangereuses pour la santé. Ce composé chimique provoque des irritations de la peau, des yeux, des voies respiratoires et peut déclencher des crises d'asthme. Il vient d'être classé «cancérigène certain» par le Centre international de recherche sur le cancer, qui le soupçonne d'être à l'origine de cancers de l'appareil respiratoire. Devant un constat si accablant, l'UFC-Que Choisir a saisi la Direction générale de la santé, l'Agence française de sécurité sanitaire environnementale, la Commission de sécurité des consommateurs et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes afin d'obtenir le retrait du marché de ces deux produits particulièrement polluants. Quant aux autres nettoyants ménagers, la majorité d'entre eux dégage des COV (composés organiques volatils) chargés de substances aussi peu recommandables que les composés chlorés, les hydrocarbures aromatiques dont le benzène et le toluène ou les éthers de glycol. Et ne croyez pas que ces cocktails chimiques renforcent l'efficacité de ces détergents, certains récurent fort bien sans empoisonner leurs utilisateurs. La pollution chimique est omniprésente dans nos intérieurs et, pourtant, la grande majorité des spécialités chimiques (détergents, cosmétiques, additifs alimentaires...) qui participent à notre environnement quotidien n'a jamais été évaluée en bonne et due forme. Alors que le nombre de cancers et de maladies allergiques ne cesse d'augmenter, Bruxelles voulait passer au crible les substances les plus largement utilisées afin de mesurer leur innocuité. Sous la pression des industriels de la chimie, le projet est reporté sine die.
Jean-Paul Geai
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