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28/11/06
Vins

Gare à la gueule de bois


Pour rendre les vins plus compétitifs, les vignerons peuvent désormais utiliser la technique des copeaux de bois. Un subterfuge autorisé qui risque d'en amener bien d'autres.

Les effluves de l'alcool auraient-ils fait perdre la raison au monde viticole ? Pour donner au consommateur l'illusion que le vin a été élevé dans des fûts de chêne, les vignerons sont autorisés à verser des copeaux de bois dans leurs cuves. Après quelques semaines d'infusion, le vin, sans jamais avoir séjourné dans le moindre tonneau, aura le même goût boisé que ces crus d'appellation dont l'élevage se fait en barriques. Interdite hier car assimilée à une falsification, cette pratique est désormais autorisée par Bruxelles qui, après avoir donné son feu vert fin 2005, vient d'en préciser les modalités d'application. Ce subterfuge oenologique vise à rendre les vins, français notamment, plus compétitifs face à ceux du Nouveau Monde, les premiers à l'avoir utilisé. Le passage en barrique revient en effet à 75 euros en moyenne l'hectolitre contre 5 euros pour les copeaux de bois. Longtemps hésitant, l'Inao (Institut national des appellations d'origine) s'est prononcé contre l'utilisation généralisée de cette pratique dans l'élaboration des vins d'appellation d'origine contrôlée (AOC). Pour qui entend redonner aux AOC, trop souvent dévoyées, ses véritables lettres de noblesse, cette interdiction serait saluée à sa juste valeur si elle n'était assortie d'une valse-hésitation pour le moins surprenante. Pendant deux à trois ans, les régions viticoles qui le souhaitent pourront expérimenter l'utilisation des copeaux de bois. D'ores et déjà, les côtes-du-rhône, médoc, haut-médoc, bordeaux et bordeaux supérieur, anjou et muscadet sont sur les rangs pour tenter l'expérience. Il est à craindre que tolérer une telle pratique, c'est à terme ouvrir la porte à une levée de l'interdit et finir par donner raison à ceux qui souhaitent aller encore plus loin dans le maquillage en recourant à des méthodes de vinification plus condamnables, comme l'ajout d'eau ou d'arômes. Ce n'est pas en employant des adjuvants qui parasitent la typicité des terroirs que le vin français sauvera son avenir.



Jean-Paul Geai

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