par Priscilla Reig
Eau à la maison : ce que vous avez (vraiment) le droit de faire
Pour limiter les risques sanitaires, l’utilisation de l’eau est strictement encadrée en France. Qu’elle soit potable, de pluie ou usée, de nombreux usages sont possibles en tant que particulier. Décryptage.
L’essentiel
▪ Eaux impropres à la consommation humaine (EICH) : cette appellation regroupe toutes les eaux non potables. Même après traitement, elles ne peuvent pas servir à l’alimentation (boisson, préparation et cuisson des aliments, lavage de la vaisselle), à l’hygiène corporelle (toilette, bain et douche), à la brumisation d’eau et aux jeux d’eau.
▪ Eaux pluviales : l’expression vise les eaux de pluie qui ont touché le sol, une surface construite ou naturelle.
▪ Eaux grises : produites par les activités domestiques, elles désignent les eaux issues des douches, baignoires, lavabos, lave-mains ou lave-linge.
▪ Eaux noires : aussi appelées « eaux vannes », ces eaux usées provenant des toilettes n’ont pas vocation à être réutilisées.
Multiplication des épisodes de chaleur intense, baisse des niveaux des nappes phréatiques, pollutions massives, omniprésence de polluants éternels dans les eaux du robinet… Dans ce contexte de changement climatique, le ministère de la Santé a autorisé de nouveaux usages domestiques des EICH, à la suite du « plan eau » de 2023. Mais si le cadre réglementaire a évolué dans le but de préserver la disponibilité et la qualité de la ressource, certaines pratiques courantes n’en demeurent pas moins interdites. Démêlons le vrai du faux.
« Laver son véhicule chez soi est toléré. »
Faux L’eau de lavage d’une voiture, d’une moto ou d’un tracteur est chargée en métaux lourds et hydrocarbures, c’est pourquoi vous ne pouvez pas la rejeter dans le sol ou le réseau d’eaux pluviales. Peu importe que vous utilisiez l’eau du robinet ou de pluie, et que le nettoyage s’effectue sur votre pelouse ou sur la voie publique. Cette interdiction, prévue par l’article L.216-6 du Code de l’environnement, est mentionnée dans la quasi-totalité des règlements sanitaires départementaux. Vous risquez une amende de 450 €, qui grimpera jusqu’à 2 ans de prison et 75 000 € d’amende en cas de pollution majeure constatée. En période de sécheresse, des mesures de restriction d’eau peuvent être prises par arrêté préfectoral. Ne pas les respecter vous expose à une amende de 1 500 €.
Quelle alternative ? La première est le lavage sans eau : vous vaporisez des produits biodégradables sur la carrosserie, puis vous les essuyez avec un chiffon microfibre. La deuxième consiste à vous rendre dans une station de lavage. Cette dernière est soumise à des obligations en termes de traitement et de rejet dans le réseau des eaux usées. Notez qu’il serait peu rentable pour un particulier d’installer un tel système de récupération d’eaux sales sur sa propriété.
« Je peux utiliser l’eau de pluie dans ma maison. »
Vrai et Faux C’est vrai, mais pas pour tous les usages, car cette eau brute peut contenir des polluants chimiques (pesticides ou fibres d’amiante) provenant des toits de la maison. Sachez que vous pouvez uniquement collecter l’eau de pluie qui descend de vos toitures inaccessibles. Pour éviter la prolifération des moustiques tigres, certaines collectivités territoriales imposent d’ailleurs de couvrir vos récupérateurs. Lorsqu’une cuve hors sol ou enterrée est dotée d’un branchement au réseau intérieur, les robinets d’accès à l’eau de pluie doivent être verrouillables et clairement identifiés. Une plaque « eau non potable », avec un pictogramme explicite, doit être apposée à chaque point de soutirage et dans tous les WC alimentés par l’eau de pluie.
Bon à savoir : un récupérateur d’eau de pluie équipé d’un branchement doit être déclaré au service en charge de l’assainissement de votre mairie.
Quels usages sont autorisés ? Attention, l’eau de pluie n’est pas potable, vous ne pouvez pas la boire ni l’utiliser en cuisine, pour laver la vaisselle ou pour l’hygiène corporelle. En revanche, cette eau peut servir à l’arrosage des jardins potagers et des espaces verts, à l’alimentation des fontaines décoratives et des chasses d’eau des toilettes, au lavage du linge, ou encore au nettoyage des sols intérieurs et des surfaces extérieures (article R.1322-92 du Code de la santé publique).
« Creuser un puits sur son terrain est toujours possible. »
Faux Le plan local d’urbanisme (PLU) de votre commune ou le PLU intercommunal (PLUi) peut interdire les puits et forages dans certaines zones (naturelles, à risques de mouvement de terrain ou encore inondables). Informez-vous également sur les distances de sécurité minimales à respecter avec la maison et vos limites de propriété, car l’emplacement d’un tel ouvrage ne s’improvise pas. Un puits doit notamment être situé à 35 m minimum d’une fosse septique. Sachez qu’une réglementation simplifiée s’applique en cas d’usage dit « domestique », c’est-à-dire lorsque votre prélèvement annuel ne dépasse pas 1 000 m3 d’eau (article R.214-5 du Code de l’environnement). Afin d’être en mesure de prouver la quantité prélevée, l’installation d’un compteur est obligatoire depuis le 1er janvier 2009.
Quelles formalités respecter ? Au moins 1 mois avant le début des travaux, déclarez le projet sur le téléservice Duplos, géré par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Pour un ouvrage de moins de 10 m de profondeur, vous pouvez adresser à votre mairie le Cerfa 13837*03. Signalez aussi votre puits auprès des exploitants de réseaux souterrains ; cette démarche s’effectue gratuitement en ligne sur Declarermonchantier.fr. Une fois les travaux finis, vous aurez 1 mois pour annoncer leur achèvement, sur Duplos ou auprès de votre mairie. Si l’eau du puits est destinée à la consommation humaine, des analyses de potabilité seront à fournir (un outil de recherche officiel vous permettra de trouver un laboratoire agréé près de chez vous).
« J’ai le droit de remplir ma piscine avec l’eau de pluie. »
Vrai Rien ne l’interdit. Cette alternative économique et écologique s’avère particulièrement tentante en période de restriction d’usage de l’eau potable. Le plus souvent, l’eau de pluie sert à ajuster le niveau de la piscine. Mais pour ne pas vous baigner dans une mare aux nénuphars, un certain nombre de précautions s’imposent. Potentiellement chargée en contaminants chimiques et en bactéries, l’eau de pluie s’avère à la fois acide et pauvre en minéraux. Une surveillance accrue de la qualité de l’eau garantira la sécurité sanitaire des baigneurs, et évitera l’encrassement de vos équipements.
Comment procéder ? Cela commence en amont par une filtration de l’eau de pluie stockée dans vos collecteurs. Après chaque remplissage de votre bassin, des traitements réguliers stabiliseront le pH et permettront d’ajuster le taux de chlore. Les professionnels recommandent de faire tourner le système de filtration en continu pendant 24 à 48 heures. Si vous avez une piscine au sel, vous devrez corriger la salinité de l’eau, et prendre d’autres précautions spécifiques.
→ Lire aussi : Piscines individuelles – La délicate alchimie du traitement
« L’eau de ma douche ne peut pas être récupérée. »
Faux Les possibilités d’usage domestique des eaux grises ont été clarifiées par un décret et un arrêté du 12 juillet 2024 relatifs aux EICH, afin de réduire la consommation d’eau potable. Sont visées les eaux évacuées après l’utilisation des douches, baignoires, lavabos, lave-mains et lave-linge ; les eaux de cuisine et de lave-vaisselle ne sont pas concernées, en raison notamment de leur forte concentration en graisses (une expérimentation nationale est néanmoins en cours).
En quoi consistent ces nouveaux usages domestiques ? Les eaux issues des salles de bains et des lave-linge peuvent servir à tirer la chasse d’eau (utiliser une eau de qualité alimentaire dans les WC constitue une aberration !). Ces eaux grises peuvent aussi alimenter des fontaines décoratives non destinées à la consommation humaine, permettre de nettoyer les extérieurs et d’arroser les espaces verts. Comme une simple bassine récoltant l’eau de la douche a ses limites, vous pouvez réfléchir à installer un système de récupération et de traitement des eaux grises. Le dispositif devra être séparé du réseau d’eau potable et déclaré au préfet de département. Un entretien régulier des équipements est à prévoir. Compte tenu du coût d’un tel dédoublement des réseaux, et de la qualité de l’eau exigée selon les usages envisagés, la réutilisation des eaux grises concerne principalement des bâtiments collectifs.
Priscilla Reig