par Rosine Maiolo
par Rosine Maiolo
Face aux canicules, à la sécheresse et au risque extrême d'incendie, débroussailler autour de son habitation peut faire toute la différence face aux flammes. Dans les zones les plus exposées, il s’agit même d'une obligation légale. Voici comment savoir si votre logement est concerné, quels travaux réaliser et comment réagir lorsque le débroussaillement doit s'étendre chez le voisin.
L'été 2026 cumule les records et place la France dans une situation particulièrement préoccupante face aux feux de forêt et de végétation. Avec une température moyenne de 24,9 °C, juillet a été le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900, devant août 2003 (24,8 °C), selon le bilan climatique de Météo-France publié le 4 août.
Il a également été l'un des plus secs jamais observés, avec un déficit de précipitations proche de 70 %. Fin juillet, la sécheresse des sols avait atteint un niveau équivalent à celui de la mi-août 2022, jusqu'ici record. Des conditions particulièrement propices aux départs de feu et à leur propagation, la sécheresse ayant fortement desséché la végétation.
À l'échelle européenne, la saison des feux est déjà particulièrement sévère. Au 12 août, 554 788 hectares avaient brûlé dans l'Union européenne (UE) depuis le début de l'année, selon le Système européen d'information sur les feux de forêt (Effis) mis en place par la Commission européenne. Un bilan toutefois inférieur à celui de 2025, année record, où 713 870 hectares avaient déjà brûlé à la même date.
La situation actuelle est jugée suffisamment critique par le Centre commun de recherche de la Commission européenne pour que les données sur la situation des incendies soient actualisées chaque jour ouvré, contre une fois par semaine habituellement.
Pour la période du 13 au 19 août, l’Effis prévoit que le danger d’incendie restera particulièrement élevé en France, avec des niveaux « extrêmes » dans plusieurs régions et même « très extrêmes » localement dans le nord du pays. Dans ce contexte, débroussailler autour de son habitation constitue l'un des principaux moyens de se protéger.
Débroussailler ne signifie pas raser toute la végétation autour de son habitation ni transformer son terrain en désert. Il s'agit de réduire la quantité de matières végétales susceptibles d'alimenter le feu – herbes, broussailles, branches, feuilles… – et de créer des discontinuités dans la végétation. L'objectif est de diminuer l'intensité d'un feu et de freiner sa propagation.
Le ministère de la Transition écologique parle d'une véritable « ceinture de sécurité » autour de l'habitation. Un terrain correctement débroussaillé permet de ralentir le feu et de limiter les dégâts sur les bâtiments, de protéger leurs occupants et de faciliter l'accès et l'intervention des pompiers. Il réduit également le risque qu'une simple étincelle mette le feu à une végétation sèche et, en limitant l'étendue d'un éventuel incendie, contribue à protéger la forêt, la faune et la flore.
Les obligations légales de débroussaillement (OLD), instaurées par une loi de 1985, ne s'appliquent pas partout en France. Elles gagnent progressivement de nouveaux territoires à mesure que le risque d'incendie de forêt et de végétation s'étend. Depuis avril 2026, 52 départements comportent des massifs classés à haut risque (contre 48 auparavant).
Mais être propriétaire dans l'un de ces départements ne signifie pas automatiquement être soumis aux OLD : seuls sont concernés les secteurs situés à l'intérieur ou à moins de 200 mètres des massifs forestiers, landes, maquis ou garrigues classés à risque d'incendie.
Pour vérifier votre situation, rendez-vous sur cartes.gouv.fr et saisissez votre adresse. En haut à droite de l'écran, ouvrez le « Catalogue de cartes », décochez « Plan IGN » puis cochez « Obligations légales de débroussaillement ». Les zones concernées apparaissent alors en rose sur la carte. Si votre bien se trouve dans ce périmètre, il faudra ensuite déterminer ce que vous devez effectivement débroussailler.
Tout dépend de la situation de votre terrain.
Autour d'une habitation, d'un chantier ou d'une installation (garage, abri, hangar, etc.), le débroussaillement doit être réalisé sur une profondeur de 50 mètres, calculée à partir de la construction. Le maire peut renforcer cette obligation en portant la distance à 100 mètres. Le périmètre à traiter peut donc largement dépasser votre parcelle et s'étendre sur le terrain voisin (voir ci-dessous).
Les chemins, sentiers et routes privés menant à ces constructions, chantiers ou installations doivent aussi être débroussaillés. La profondeur exacte est fixée par le préfet, dans la limite de 10 mètres de part et d'autre de la voie.
Si vous possédez un terrain non bâti, l'absence de construction ne vous dispense pas toujours de l'obligation. C'est le cas si votre terrain se trouve en zone urbaine : s'il est classé en zone U du plan local d'urbanisme (PLU), l'intégralité de la parcelle doit être débroussaillée, qu'elle soit bâtie ou non.
Oui, mais pas systématiquement. Lorsque le rayon de 50 mètres – ou de 100 mètres si le maire l'a étendu – autour de votre construction dépasse les limites de votre propriété, votre obligation peut porter sur une partie du terrain voisin. Avant toute chose, il faut d’abord vérifier si votre voisin n'est pas lui-même tenu de débroussailler cette zone. Si vos deux obligations se superposent, c'est à lui, en tant que propriétaire de la parcelle concernée, d'effectuer les travaux de débroussaillement.
Si cette partie de son terrain relève uniquement de votre obligation, les travaux restent à votre charge. Vous ne pouvez évidemment pas y entrer avec votre débroussailleuse sans prévenir son propriétaire, ainsi que, le cas échéant, l’occupant s’il n’est pas le propriétaire. Vous devez les informer de votre obligation et leur demander l'autorisation d'accéder au terrain, en précisant les travaux envisagés. Mieux vaut formaliser cette demande par courrier avec accusé de réception.
Le voisin peut vous autoriser à intervenir ou préférer réaliser lui-même les travaux. À noter que l'autorisation d'accès donnée par le voisin est valable trois ans (sauf s'il la révoque).
S'il refuse l'accès ou ne vous donne pas son autorisation dans un délai d'un mois, l'obligation de débroussailler la partie concernée de son terrain est mise à sa charge. Vous devez alors en informer le maire. Conservez soigneusement une preuve de vos démarches.
Le propriétaire est responsable du débroussaillement. Le locataire peut toutefois être chargé de réaliser les travaux si son contrat de location le prévoit. Cela n'exonère pas pour autant le propriétaire de sa responsabilité. Si votre bail ne prévoit rien et que vous constatez que le terrain n'est pas correctement débroussaillé, demandez à votre propriétaire de faire le nécessaire.
Depuis le 1er janvier 2025, le bailleur doit également informer le locataire lorsque le bien est soumis à une obligation légale de débroussaillement. Cette information figure dans l'état des risques remis au locataire. Dès l'annonce immobilière, celui-ci doit pouvoir accéder aux informations sur les risques auxquels le bien est exposé.
Passer rapidement la tondeuse ne suffit évidemment pas. Il faut d'abord réaliser les travaux les plus importants :
Vient ensuite l'entretien régulier :
Enfin, il faut éliminer tout ce qui pourrait servir de combustible aux abords de la maison :
Les prescriptions précises varient selon les départements. Dans les Bouches-du-Rhône, par exemple, les branches et feuillages des arbres conservés doivent être espacés d'au moins 3 mètres entre eux et des constructions. Les arbustes situés sous les arbres doivent être supprimés. Quant aux arbres de plus de 6 mètres, leurs branches basses doivent être élaguées jusqu'à une hauteur de 2 mètres.
Consultez l'arrêté préfectoral applicable chez vous avant d'entreprendre les travaux.
Surtout pas. Protéger son habitation se prépare toute l'année. L'obligation consiste d'ailleurs à débroussailler mais aussi à maintenir le terrain en état débroussaillé.
L'automne et l'hiver sont les périodes les plus adaptées aux travaux les plus lourds : coupe des arbres, arbustes et branches, broyage des broussailles… Les végétaux ont perdu leurs feuilles, ce qui facilite les interventions.
Au printemps vient le temps de l'entretien et du nettoyage : couper les repousses d'herbes et de broussailles, nettoyer les gouttières, évacuer les déchets de broyage et éloigner les réserves de bois et autres combustibles de la maison. L'objectif est d'aborder l'été avec un terrain correctement débroussaillé.
Même en plein été, certains gestes restent utiles pour mieux protéger votre habitation : éloigner les réserves de bois et autres matériaux combustibles, évacuer les végétaux déjà coupés ou encore retirer les feuilles et aiguilles accumulées sur la toiture et dans les gouttières.
En revanche, évitez de vous lancer sans précaution dans des travaux utilisant des outils susceptibles de produire des étincelles. En été, ils sont déconseillés et peuvent même être interdits par arrêté préfectoral en raison du risque de départ de feu. Avant d'utiliser une débroussailleuse ou tout autre outil susceptible de produire des étincelles, vérifiez les restrictions en vigueur auprès de votre préfecture ou de votre mairie et reportez les travaux si les conditions ne permettent pas de les réaliser en sécurité.
Si le terrain voisin est lui-même soumis à une obligation de débroussaillement et que son propriétaire ne l'entretient pas, commencez par l'alerter. À défaut de réaction, signalez la situation à la mairie.
C’est en effet le maire qui est chargé de contrôler le respect des obligations légales de débroussaillement sur le territoire de sa commune. Ces contrôles peuvent être réalisés par des agents habilités, notamment des agents de l'Office national des forêts (ONF) ou de la police municipale. Le maire peut ensuite mettre en demeure le propriétaire de réaliser les travaux. Si celui-ci ne s'exécute pas, la commune peut les faire réaliser d'office et lui en facturer le coût. En cas de carence du maire, le préfet peut se substituer à lui.
Le premier risque est évidemment celui de l'incendie. Les retours d'expérience des grands feux sont éloquents : 9 maisons sur 10 détruites par un feu de forêt ne sont pas ou sont mal débroussaillées, selon le ministère de la Transition écologique. S'y ajoutent de lourdes sanctions.
Sur le plan administratif, le propriétaire peut être mis en demeure de réaliser les travaux. Le maire peut assortir cette mise en demeure d'une astreinte pouvant atteindre 100 € par jour de retard, dans la limite de 5 000 €. Si les travaux ne sont toujours pas réalisés, la commune peut les faire exécuter d'office et lui en facturer le coût. Une amende administrative pouvant atteindre 50 € par mètre carré soumis à l'obligation de débroussaillement peut également être prononcée.
Sur le plan pénal, le défaut de débroussaillement constitue une contravention de 5e classe, passible d'une amende pouvant atteindre 1 500 €. Depuis août 2023, cette infraction peut toutefois être sanctionnée sans passage devant le tribunal de police par une amende forfaitaire de 200 €.
La sanction devient encore plus lourde lorsque le propriétaire ne réalise pas les travaux malgré une mise en demeure : il peut alors être poursuivi devant le tribunal correctionnel et condamné à une amende de 50 € par mètre carré soumis à l'obligation de débroussaillement.
Enfin, la facture peut encore s'alourdir en cas d'incendie. Si l'assuré n'a pas respecté ses obligations de débroussaillement, son assureur peut lui appliquer une franchise supplémentaire pouvant atteindre 5 000 €, en plus de celle prévue au contrat.
Rosine Maiolo
La force d'une association tient à ses adhérents ! Aujourd'hui plus que jamais, nous comptons sur votre soutien. Nous soutenir
Recevez gratuitement notre newsletter hebdomadaire ! Actus, tests, enquêtes réalisés par des experts. En savoir plus