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Guide d'achat

Truffes

Ne pas se faire avoir comme une truffe !

Dès que les fêtes de fin d’année s’annoncent, la « Tuber melanosporum » pointe sa truffe caractéristique sur les marchés. Mieux vaut toutefois se mettre un peu « au parfum » avant d’acheter, en frais ou en conserve, car il est très facile de se tromper sur la marchandise.

Guide d'achat truffe - © il-fede - Fotolia.com

La truffe… un nom qui fait immanquablement saliver les gastronomes. Brillat-Savarin écrivait déjà en 1848, dans sa célèbre « Physiologie du goût » : « Ce diamant de la cuisine réveille des souvenirs érotiques et gourmands chez le sexe portant robe, et des souvenirs gourmands et érotiques chez le sexe portant barbe. » C’est tout dire ! Des plaisirs qui ne sont cependant pas à la portée de toutes les bourses. Car comme tout ce qui est rare, le précieux tubercule est cher, très cher même. L’hiver dernier, la truffe noire (« Tuber melanosporum ») atteignait ainsi un prix moyen de 460 euros le kilo sur les marchés de gros du Sud-Est (qui concentrent à eux seuls plus de 80 % de la production française). Un marché secret, aux pratiques codifiées et réservé aux initiés.

Il suffit de se rendre au marché de gros de Richerenches, petit village de l’Enclave des papes (84), et capitale mondiale de la truffe, pour le constater. Le rituel semble immuable. Chaque samedi matin d’hiver, une vingtaine de vieilles camionnettes, toutes portes ouvertes, stationnent dans la rue principale. À l’arrière, leurs conducteurs ont installé une balance romaine. Un sac de toile plus ou moins rempli à la main, les « rabasseurs » vont et viennent d’un véhicule à l’autre. On hume, on tâte, on pèse les précieux tubercules encore emmitouflés dans leur gangue de terre. Peu de paroles sont prononcées. Et pourtant, près de 150 000 euros s’échangent en quelques heures, le plus souvent en espèces sonnantes et trébuchantes ! De quoi justifier les brigades de gendarmes qui surveillent discrètement les transactions sur « l’or noir ».

Une fois achetées par les courtiers, les truffes sont transformées pour être commercialisées sous des formes diverses : fraîches, surgelées, en conserve, jus de truffe, ingrédients pour les plats cuisinés des traiteurs et de la grande distribution, etc. Avec, à la clé, une plus-value substantielle. Toujours à Richerenches, à quelques mètres des professionnels, il fallait compter cet hiver près du double du prix de gros sur le marché de détail, ouvert aux touristes pour acquérir les précieux tubercules. De quoi aiguiser les appétits de profits faciles et inciter certains producteurs peu scrupuleux à falsifier la marchandise, comme le montrent régulièrement les contrôles réalisés par la Répression des fraudes.

Une truffe peut en cacher une autre

Tout d’abord, il y a truffe et truffe. Sur les 27 variétés recensées en Europe à ce jour, seules sept sont autorisées à la commercialisation. Toutes n’ont pas la même valeur sur le marché. Les plus courantes sont la truffe d’été (« Tuber aestivum »), à la chair beige à maturité, la truffe de Bourgogne (« Tuber incinatum »), la truffe de Lorraine (« Tuber mesentericum »), la truffe brumale ou truffe musquée (« Tuber brumale »). Mais le véritable « diamant noir », c’est la célébrissime truffe noire du Périgord (« Tuber melanosporum »), de très loin la plus appréciée des gastronomes et celle dont le cours domine le marché. Certes, chacune de ces variétés a son goût, son parfum (et aussi sa saison…), mais sans jamais égaler la puissance et la subtilité de la « mélano » ! Conséquence, leur prix peut varier du simple au quadruple selon la variété présentée.

La moins chère de toutes est sans conteste la truffe de Chine. Importée massivement depuis une quinzaine d’années, elle se retrouve surtout dans les conserves. Bien que de chair plus pâle, elle ressemble comme deux gouttes d’eau à sa prestigieuse cousine, la truffe du Périgord, mais sa saveur est des plus décevantes, voire inexistante aux dires de certains gastronomes. Son prix, qui ne dépasse guère 50 euros le kilo (en frais) dans la grande distribution au moment des fêtes, est à l’avenant. On comprend alors qu’il soit tentant de la faire passer pour de la « vraie ». Méfiance donc, surtout avec les brisures de truffes, certains petits malins n’hésitant pas à utiliser les variétés les moins chères… après les avoir coloriées artificiellement. Il est indispensable de lire attentivement les étiquettes de ces produits avant achat pour éviter toute déconvenue.

Bien sûr, il est toujours préférable d’acheter des truffes fraîches. Ramenées au prix au kilo, elles sont moins chères que les conserves et bien plus savoureuses. À l’approche des fêtes, certains charcutiers et épiceries fines en proposent parfois à leurs clients. Des sites Internet de producteurs, notamment dans la région de Grignan (26) et de Richerenches (84), proposent la vente par correspondance de truffes conditionnées sous vide. Lorsqu’on a la chance d’habiter dans une région de production, il est évidemment plus facile de s’en procurer sur les marchés. Mieux vaut toutefois se mettre un peu « au parfum » avant de s’aventurer dans ce petit monde dont l’archaïsme et le manque de transparence sont les principales caractéristiques. Le risque étant de se faire « refiler » une truffe de mauvaise qualité au prix d’une bonne. Nombre de touristes s’y font prendre chaque année. Dans le jargon des professionnels, les truffes doivent être vendues « saines, loyales et marchandes ». Le prix varie selon le calibre, la catégorie (extra, première et seconde catégorie) et la qualité intrinsèque : l’aspect, aussi séduisant soit-il, compte moins que la maturité et le parfum. D’ailleurs, les amateurs éclairés n’hésitent pas à « canifer » les truffes à l’aide d’un petit couteau afin de vérifier leur texture. Enfin, qu’elles soient vendues entières ou en morceaux, elles doivent porter l’indication du nom de l’emballeur ou du producteur, le nom usuel et le nom botanique en latin de l’espèce ainsi que le pays ou la région de production. Les étals des marchés du Sud-Est voient souvent fleurir de la « brumale », moins qualitative, quand la « mélano » se fait rare !

Truffes en conserve

Pour la majorité des consommateurs, le moyen le plus simple d’accéder aux arômes puissants de la truffe consiste à les acheter en conserve. En plus des diverses variétés, il existe officiellement quatre catégories de produits : au bas de l’échelle, les brisures de truffe guère plus grosses que des grains de semoule, suivies par les pelures, puis les morceaux et enfin les truffes entières. Dans la truffe, rien ne se perd ! Si les truffes de votre petit bocal vous paraissent moins puissantes que des truffes fraîches, c’est que la plupart d’entre elles sont préparées selon la méthode de la double stérilisation. Elles sont stérilisées une première fois, puis on ouvre les boîtes pour en extraire le jus (vendu à part en jus de truffes) et on les reconditionne ensuite pour procéder à une deuxième stérilisation, ce qui en amoindrit le goût. La mention « première ébullition » portée sur l’étiquetage est le seul moyen de s’assurer que le contenu de la conserve n’a pas subi cette « double peine ».

Dans la cohue des magasins, au moment des fêtes de fin d’année, vérifiez aussi le poids net inscrit sur la boîte, et refaites mentalement le prix au kilo avant de passer à la caisse ! La différence avec le cours moyen de la truffe fraîche peut être vertigineuse. Il vaut peut-être mieux s’y prendre un peu plus tôt et chercher des conditionneurs locaux sur les lieux de production (Périgord, Drôme, Vaucluse, etc.). Les prix sont souvent beaucoup plus attractifs.

 

Bien conserver les truffes

Les truffes perdent rapidement leur parfum et leurs qualités gustatives. Il ne faut donc pas chercher à les garder plus de 5 ou 6 jours. Ne les nettoyez pas, vous le ferez au moment de les cuisiner. Enveloppez-les dans du papier absorbant et placez-les au réfrigérateur dans une boîte hermétique en plastique alimentaire. Si vous mettez des œufs dans la même boîte, ils prendront l’odeur et le goût de la truffe. Mais il faut éviter la condensation qui favorise le pourrissement en essuyant les coquilles tous les jours.

Toutefois, si vous voulez conserver une truffe plus longtemps, le mieux est de la congeler. Si elle est grosse, vous pourrez en prélever des morceaux selon vos besoins avec un couteau économe.

Florence Humbert

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