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26 février 2014

Étude

La qualité de l’eau du robinet de votre commune au regard de 6 contaminants

Risques par polluant
  • Nitrates Les teneurs excessives en nitrates dans l’alimentation sont susceptibles de faire courir des risques de méthémoglobinémie (syndrome du bébé bleu) chez les nourrissons. En effet, les nitrates, transformés dans l’organisme en nitrites, peuvent par la modification des propriétés de l’hémoglobine du sang empêcher un transport correct de l’oxygène par les globules rouges. Toutefois, aucun cas de méthémoglobinémie lié à l’eau d’alimentation n’est recensé aujourd’hui en France. Plus généralement, la présence de nitrates dans l’eau potable est un indicateur de pollutions d’origine agricole, qui peut s’accompagner de la présence d’autres polluants tels que des pesticides.
  • Pesticides Le risque entraîné par les pesticides est celui de l’exposition à long terme, à des doses très faibles mais répétitives, avec des interactions possibles entre les différents pesticides. Les risques suspectés, sans qu’ils aient pu être démontrés à ce jour, pourraient être des cancers (leucémies notamment), des troubles du système nerveux ainsi que de troubles de la reproduction.
  • Sélénium C’est un composant des roches profondes dont la présence dans les eaux révèle l’épuisement de la ressource. Bien que ce composé soit toxique, ses conséquences sur la santé sont à ce jour mal évaluées compte tenu des faibles niveaux auxquels est exposée la population française.
  • Qualité bactériologique Les défauts de traitement de potabilisation (chloration) ou des canalisations endommagées dans le réseau peuvent entraîner la présence de bactéries responsables par exemple de troubles intestinaux.
  • Aluminium L’aluminium est utilisé sous forme de sels pour rendre limpides des eaux naturellement troubles. Bien qu’il n’y ait pas à ce jour de lien démontré entre l’exposition à l’aluminium et la maladie d’Alzheimer, par application du principe de précaution, il est recommandé de limiter les doses ingérées.
  • Radioactivité
Les bons gestes pour les consommateurs

Laissez couler l’eau quelques instants avant de la boire. Dans le cas où l’odeur est marquée, il suffit de laisser l’eau s’aérer, par exemple dans une carafe ouverte.

Lorsque la concentration en nitrates est comprise entre 50 et 100 mg/l, l’eau ne doit pas être consommée par les femmes enceintes et les nourrissons. Si elle est égale ou supérieure à 100 mg/l, l’eau ne doit être utilisée pour aucun usage alimentaire.

Important : Les résultats observés pour les 6 contaminants analysés (nitrates, pesticides, bactéries coliformes, sélénium, aluminium et radioactivité) ne préjugent pas des niveaux de qualité pour les autres paramètres examinés dans le cadre des contrôles officiels. En effet, la potabilité de l’eau est définie sur la base de l’ensemble de ces résultats consultables en mairie, ainsi que sur les sites Internet des Agences régionales de santé et du ministère de la Santé.

Méthodologie de notre étude

Synthèse réalisée à partir des analyses de l’eau effectuées entre juillet 2011 et janvier 2014 sur les 36 568 communes de France métropolitaine, publiées sur le site du ministère de la Santé (http://www.sante.gouv.fr/resultats-du-controle-sanitaire-de-la-qualite-de-l-eau-potable.html), pour six critères : pesticides (quantité totale de pesticides, atrazine et ses métabolites), nitrates, sélénium, qualité bactériologique (bactéries coliformes, entérocoques, Escherichia coli), aluminium et radioactivité.

En fonction de la proportion d’analyses non conformes, et pour chaque critère, nous avons défini les appréciations suivantes :

- Qualité de l’eau « Bonne » : moins de 5 % d’analyses non conformes

- Qualité de l’eau « Passable » : entre 5 % et 25 % d’analyses non conformes

- Qualité de l’eau « Médiocre » : entre 25 % et 50 % d’analyses non conformes

- Qualité de l’eau « Mauvaise » : entre 50 % et 75 % d’analyses non conformes

- Qualité de l’eau « Très mauvaise » : plus de 75 % d’analyses non conformes

Pour chaque critère, a été calculée l’évolution par rapport à la première enquête publiée en mars 2012 (pour laquelle avaient été prises en compte les analyses réalisées entre le premier semestre 2009 et le premier semestre 2011).

Choix des critères suivis

Alors qu’une cinquantaine de critères réglementaires sont habituellement contrôlés par les services officiels (plus de 600 si l’on ajoute les critères non obligatoires), nous avons sélectionné pour les besoins de cette étude, les critères les plus représentatifs des non-conformités habituellement rencontrées, ainsi que des critères pertinents au regard de la sécurité sanitaire et des préoccupations des consommateurs. Sur cette base, nous avons retenus six paramètres recouvrant trois types de contaminations.

1 – Des pollutions dues à un mauvais fonctionnement du traitement d’assainissement
Ces contaminations sont plus fréquemment rencontrées dans des communes rurales ou de montagne et peuvent être dues à une vétusté des installations de traitement et de distribution de l’eau ou encore à un défaut de surveillance.

- Qualité bactériologique  : c’est l’exigence première pour qu’une eau soit considérée comme potable. Nous avons retenu d’une part les bactéries coliformes qui, sans être nécessairement pathogènes, recouvrent un large spectre de bactéries rencontrées dès l’apparition d’une défaillance. D’autre part, nous avons relevé les résultats pour Escherichia coli et les entérocoques qui sont susceptibles de causer des problèmes de santé.

- Teneur en aluminium  : la présence d’aluminium peut être d’origine naturelle, mais le plus souvent elle résulte de l’ajout volontaire de sels d’aluminium utilisés pour rendre limpides des eaux naturellement troubles.

2 – Des pollutions d’origine agricole
Elles représentent la majorité des pollutions relevées dans de l’eau potable.

- Nitrates : issus des apports d’engrais et de fumure animale sur les cultures, ils constituent la première cause de fermeture des captages d’eau potable.

- Pesticides : nous avons vérifié la conformité de l’eau sur deux types de critères. D’une part sur la teneur maximale admise pour l’ensemble des pesticides cumulés, d’autre part sur la teneur maximale en atrazine (ce pesticide, bien qu’il soit désormais interdit, persiste très longtemps dans l’environnement, ce qui explique qu’il soit la molécule la plus fréquemment détectée).

- Sélénium : ce composant naturellement présent dans les couches les plus profondes du sol apparaît notamment lorsqu’une surexploitation des nappes phréatiques oblige à recourir à des forages en profondeur.

3 – Des pollutions naturelles de la ressource

- Radioactivité : la radioactivité rencontrée dans les eaux est très généralement d’origine naturelle. Elle est due à la présence, dans certaines régions, d’un sous-sol granitique riche en composés radioactifs. Nous avons choisi le paramètre « dose totale indicative » qui traduit la radioactivité totale pour l’ensemble des éléments radioactifs susceptibles d’être présents.

Limites maximale pour chaque polluant :

- Atrazine et ses métabolites : ≤ 0,1 µg/l (1)

- Total des pesticides analysés : ≤ 0,5 µg/l (1)

- Critères bactériologiques (bactéries coliformes (2), Escherichia coli (1), entérocoques (1)) : absence dans 100 ml

- Nitrates : ≤ 50 mg/l (1)

- Radioactivité (dose totale indicative) : ≤ 0,1 mSv/an (2)

- Aluminium : ≤ 200 µg/l (2)

- Sélénium : ≤ 10 µg/l (1)

(1) Ces critères sont définis par la réglementation comme étant des limites de qualité, c’est-à-dire des paramètres pour lesquels des dépassements sont susceptibles de générer des effets immédiats ou à plus long terme pour la santé.

(2) Du point de vue réglementaire, ces critères sont des références de qualité qui n’ont pas d’incidence directe sur la santé aux niveaux habituellement observés sur l’eau, mais qui peuvent être à l’origine d’inconfort ou de désagréments pour le consommateur.

Le rôle des pouvoirs publics

La qualité de l’eau potable est vérifiée au moyen d’autocontrôles réalisés soit par les collectivités (régie communale ou intercommunale), soit par la société délégataire. En outre, des contrôles sanitaires officiels sont réalisés par les agences régionales de santé (ARS), qui sont indépendantes vis-à-vis des collectivités et de leurs délégataires. C’est sur la base de ces résultats de contrôles officiels que nous avons effectué notre analyse.

Le code de la santé publique dispose qu’en cas de dépassement des normes de qualité de l’eau potable, le responsable de la distribution de l’eau potable (le président du syndicat de l’eau ou l’entreprise distributrice de l’eau) doit immédiatement informer le maire et les autorités sanitaires (préfet/Ddass), effectuer une enquête sur la cause du problème et rétablir la qualité de l’eau.

Si aucun dépassement des limites de qualité ne peut être toléré en matière de contamination microbiologique compte tenu des risques à court terme pour les consommateurs, en revanche compte tenu des facteurs de précaution définis par les autorités sanitaires, le dépassement d’une limite réglementaire pour les autres critères ne signifie pas obligatoirement que l’eau ne serait pas potable. Ainsi, le préfet peut accorder des dérogations pour une période maximale de trois ans (renouvelable deux fois) et pour certains polluants chimiques. Cette dérogation est prise sous réserve que la consommation de l'eau ne constitue pas de risque pour la santé des personnes et qu'il n'existe pas d'autres moyens raisonnables de maintenir la distribution. Un plan d’amélioration de la qualité de l’eau et d’information de la population doit être élaboré.

À l’inverse, lorsque l’eau présente des risques significatifs pour la santé des personnes, le préfet peut décider de prononcer une restriction de consommation pour les usages alimentaires. Dans ce cas, des recommandations sont diffusées à la population sur les précautions à prendre vis-à-vis des personnes les plus sensibles. Cette information est réalisée par un affichage en mairie des résultats d’analyses du contrôle sanitaire des eaux et par la diffusion avec la facture d’eau, une fois par an, d’une synthèse sur la qualité de l’eau délivrée l’année précédente. Lorsque la qualité de l’eau ne peut pas être rétablie rapidement, la mairie peut être amenée à fournir aux habitants de l’eau potable en bouteilles.

Pour en savoir plus : consultez notre communiqué de presse ou notre étude complète

Le match eau du robinet contre eau en bouteille