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Appareils électriques et électroniques

Le bonus réparation ne décolle pas

En place depuis décembre 2022, le bonus réparation, en accordant des rabais immédiats sur les factures, vise à faire choisir cette option plutôt que l’achat neuf. Mais le compte n’y est pas à l’issue de la première année de fonctionnement.

Smartphone, lave-linge et lave-vaisselle. C’est le top 3 des équipements électriques et électroniques (EEE) les plus réparés dans le cadre du bonus réparation sur sa première année de fonctionnement. Le dispositif a été instauré en décembre 2022 par le gouvernement pour s’attaquer au paradoxe de la réparation : 81 % des Français en ont une bonne image, mais seulement 36 % réparent leurs appareils lorsqu’ils tombent en panne selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), pourtant la meilleure option d’un point de vue environnemental.  

Le prix est le premier frein mentionné. D’où ce bonus qui accorde des réductions immédiates sur les appareils tombés hors garantie envoyés en réparation. À condition de se rendre chez un réparateur labellisé « QualiRépar ». Ces derniers font l’avance du rabais avant d’être remboursés par les éco-organismes Ecosystem et Ecologic, qui abondent et gèrent ce fonds (1).

Un budget loin d’avoir été dépensé

Du drone au fer à repasser, le bonus réparation s’applique aujourd’hui à 73 produits. Les rabais vont de 15 à 60 € et couvrent en moyenne 17 % du coût total de la réparation.

Le bonus a été déclenché sur 163 554 réparations en 2023. C’est bien moins qu’espéré. Seulement 4 millions d’euros ont été dépensés pour financer ces rabais quand il était demandé aux deux éco-organismes de budgéter 62 millions d’euros pour la première année. Nathalie Yserd, directrice générale d’Ecosystem, rappelle que ce fonds est toujours en phase de démarrage. « Le mandat qui nous a été confié est de mobiliser (et donc dépenser) pour ce fonds un peu plus de 500 millions d’euros en 6 ans », rappelle-t-elle.

Un bonus encore trop méconnu ?

Il faudra tout de même donner un sacré coup d’accélérateur pour atteindre cet objectif. Et pour cause, ni le gouvernement, ni les éco-organismes n’ont communiqué dessus. À la différence d’ailleurs du bonus réparation lancé en novembre sur les textiles et chaussures et pour lequel Refashion (l’éco-organisme sur la filière habillement) a fait de gros efforts sur ce point. Nathalie Yserd l’assume. « Le réseau de réparateurs QualiRépar nous semblait jusque-là trop faible pour communiquer », justifie-t-elle.

Mais le bonus réparation n’est pas du seul ressort des éco-organismes. Comme d’autres secteurs, celui de la réparation est confronté au défi du renouvellement des générations, les arrivées de jeunes réparateurs ne comblant pas celui des départs en retraite, décrit l’Ademe dans son dernier état des lieux du secteur (2022). « Il y a un gros travail à faire sur l’offre de formation et l’attractivité de ces métiers », confirme Nathalie Yserd. Justement, ce bonus réparation peut y contribuer, en boostant l’activité dans ce secteur. Faut-il encore obtenir ce label QualiRépar ! Les petits réparateurs indépendants ont à plusieurs reprises dénoncé des procédures complexes et coûteuses. « Depuis le 1er janvier, le prix d’une labellisation pour 3 ans est passé de 450 à 200 € pour les entreprises de moins de 10 salariés et nous leur avons également simplifié le parcours de labellisation » (2), signale Nathalie Yserd.

Les effets du bonus contrés par la hausse du coût des réparations ?

Avec ces changements, la directrice générale d’Ecosystem a bon espoir d’atteindre les 10 000 points de réparation QualiRépar d’ici fin 2024. En parallèle, depuis le 1er janvier toujours, les montants du bonus ont été doublés pour 5 appareils : lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge, aspirateur et téléviseur. Et ont augmenté de 5 € pour une vingtaine d’autres. On est aussi passé de 49 à 73 produits éligibles et de nouvelles pannes ont été ajoutées. La casse d’un écran de smartphone par exemple. De quoi, là encore, rendre Nathalie Yserd confiante : « On vise au moins le double de bonus déclenchés en 2024. » Et cette fois-ci, les éco-organismes promettent de communiquer sur le dispositif. Une campagne grand public sera lancée au printemps.

Plusieurs grains de sable peuvent tout de même contrecarrer ces plans. Dont principalement l’augmentation du coût moyen des réparations depuis la mise en place du bonus dû à l’inflation et peut-être aussi à l’opportunisme de certains réparateurs qui ont profité du bonus pour gonfler leurs tarifs. « C’est un point de vigilance qu’il faudra suivre de près tant il peut impacter le but même du bonus réparation, indique Nathalie Yserd, qui appelle alors les consommateurs à jouer leur rôle, en faisant jouer la concurrence. » Enfin, à condition d’avoir au moins deux réparateurs QualiRépar sous la main !

(1) On est sur un principe pollueur-payeur puisque ces deux éco-organismes réunissent les entreprises qui conçoivent et commercialisent ces EEE et ont la responsabilité d’en gérer la fin de vie.
(2) Les audits des labellisateurs peuvent se faire à distance et non plus sur place, ce qui les rend moins chronophages pour les petites structures.

Fabrice Pouliquen

Fabrice Pouliquen

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