par Audrey Vaugrente
par Audrey Vaugrente
Médicament prescrit contre la chute de cheveux chez l’homme, le finastéride (Propecia) peut entraîner des effets indésirables lourds et persistants. Dans l’espoir d’en sécuriser l’usage, les autorités sanitaires renforcent les conditions dans lesquelles il pourra être délivré.
Dépression, tendances suicidaires, troubles sexuels – parfois persistants : les effets indésirables pouvant accompagner la prise de finastéride (Propecia) s’avèrent lourds. Reconnus depuis quelques années, ils ont fait l’objet de diverses mesures censées améliorer l’information des hommes souffrant d’alopécie androgénétique.
Au niveau européen, la notice accompagnant les comprimés a été revue fin 2025 pour faire apparaître le risque suicidaire. L’évolution plus récente entrera en vigueur le 16 avril : le médicament ne pourra être délivré que si le patient a signé une attestation d’information partagée. Celle-ci liste les divers effets indésirables du produit ainsi que ses bénéfices limités.
« C’est une étape nécessaire, que nous demandions depuis longtemps, se réjouit Sylviane Millon-Mathieu, fondatrice de l'association Aide aux victimes du finastéride (AVFIN), qui a participé à l’élaboration du document. Encore beaucoup de patients ne connaissent pas les effets indésirables de ce médicament. » Autre point fort de ce document : il n’élude pas les bénéfices plus que modestes du finastéride. En effet, il ne bénéficie qu’à la moitié des patients et uniquement sur le sommet du crâne. La repousse, autour de 11 %, ne se maintient pas après l’arrêt du traitement.
Cette mesure sera-t-elle efficace ? Le finastéride n’étant pas remboursé, il est impossible de savoir exactement combien d’hommes y sont exposés et si ce nombre recule. Mais les exemples précédents permettent d’en douter : cette attestation est aussi obligatoire pour les femmes traitées pour une acné par isotrétinoïne (Curacné, Roaccutane).
Depuis 2015, la prescription initiale est également limitée aux spécialistes. Pourtant, en 2020 encore, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) déplorait : « En dépit des mesures mises en place […], le nombre de grossesses, chez des femmes traitées exposant les enfants à naître à des risques de malformations graves, reste élevé. » Interrogée sur l’impact de ces attestations, l’agence n’a pas répondu.
Autre axe de travail important pour l’AVFIN, une meilleure évaluation des effets indésirables, qui s’appuie sur des données actualisées des différents patients les ayant signalés. « Beaucoup de victimes ont peur de déclarer ou n’en voient pas l’utilité, et ne mettent pas à jour leur statut. Ils sont donc considérés comme guéris, même si ce n’est pas le cas », souligne Sylviane Millon-Mathieu. Elle plaide aussi pour la reconnaissance d’une pathologie liée aux inhibiteurs de 5-alpha-réductase, dont le finastéride fait partie, qui inclut l’ensemble des effets durables. Ceux-ci ont encore peu fait l’objet de recherches scientifiques.
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S’il est très connu pour son effet cosmétique, le finastéride est aussi prescrit contre l’hypertrophie bénigne de la prostate, à un dosage plus élevé et sous le nom Chibro Proscar. C’est aussi le cas du dutastéride (Avodart). Ces patients aussi peuvent souffrir des effets indésirables signalés. Il est important qu’eux aussi les signalent, en passant par la plateforme dédiée.
Audrey Vaugrente
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