Finastéride (Propecia et génériques) Un produit anticalvitie peu efficace et dangereux

Finastéride (Propecia et génériques)

Un produit anticalvitie peu efficace et dangereux

Publié le : 11/02/2019 

Prescrit chez l’homme jeune atteint de calvitie légère, le finastéride, qui agit sur une hormone responsable de la chute de cheveux, montre une efficacité très modeste. Alors que les connaissances sur ses lourds effets secondaires – dépression, idées suicidaires, troubles sexuels potentiellement persistants après l’arrêt du traitement – se précisent, les autorités de santé ne l’ont toujours pas retiré du marché.

 

Mise à jour 10 décembre 2019

L’ANSM vient de publier une fiche d’information à destination des patients prenant ou envisageant de prendre du finastéride. Médecins et pharmaciens qui en prescrivent ou en délivrent sont supposés la remettre à leur patient mais elle est aussi disponible sur le site de l’ANSM.
Saluant cette avancée, l’Association des victimes du finastéride la trouve cependant « bien timide au regard du nombre et de la gravité des effets secondaires que subissent les victimes ». Elle souhaite notamment que la prescription de ce produit s’accompagne d’analyses puis de contrôles réguliers « servant à écarter dès le départ les patients présentant des troubles hormonaux ou psychiques et à faciliter le lien de causalité en cas d’apparition d’effets indésirables pour les autres ».

« Je vous comprends, c’est ennuyeux cette chute de cheveux. Je peux vous prescrire du finastéride, vous en aurez environ 10 % de plus sur le sommet du crâne. Sachez cependant que vous risquez de faire une dépression qui peut vous mener au suicide. Ah, j’oubliais : vous risquez aussi de constater une diminution de votre libido, des problèmes d’érection et des troubles de l’éjaculation. Dans ce cas, vous pourrez toujours arrêter le traitement mais sachez que les troubles sexuels peuvent persister après l’arrêt. C’est d’accord, je vous fais l’ordonnance ? » Voilà le monologue surréaliste qu’on imagine à la lecture du courrier que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient d’envoyer aux professionnels de santé susceptibles de prescrire ou délivrer du finastéride. Rappelant les effets secondaires d’ordre psychiatrique et sexuel de ce produit, l’agence conclut que si un patient consulte parce qu’il perd ses cheveux, « il convient de discuter avec [lui] du rapport entre les bénéfices attendus et les risques encourus ».

Le finastéride est un principe actif qui a d’abord été utilisé dans l’hypertrophie bénigne de la prostate, à la dose de 5 mg par comprimé (1). Depuis 1999, il est aussi proposé chez l’homme jeune à une dose de 1 mg par comprimé pour traiter l’alopécie androgénétique, autrement dit le fait de perdre ses cheveux. Il est commercialisé sous le nom de Propecia et plusieurs génériques sont aussi sur le marché (2). Il fonctionne en bloquant la production d’une hormone appelée DHT, responsable de ce type de calvitie. Son efficacité reste limitée : le médicament ne fonctionne que chez la moitié des patients, l’efficacité n’a été démontrée que sur le sommet du crâne et pas sur les « golfes » apparaissant près des tempes, les utilisateurs ont seulement 11 % de cheveux en plus au bout d’un an, résultat qui ne fait que se stabiliser si le traitement est poursuivi et les cheveux recommencent à tomber si on l’interrompt.

Désaccord sur le rapport bénéfice/risque

En dépit de ces résultats bien peu convaincants, le finastéride a obtenu depuis son lancement un certain succès auprès des jeunes hommes dont le crâne commence à se dégarnir (30 000 boîtes vendues en 2012, dernier chiffre connu). Pourtant, ce médicament est loin d’être anodin. Dès les premiers essais évaluant son efficacité, des effets indésirables d’ordre sexuel sont remarqués. Depuis, le bilan s’alourdit au fil des années et des réévaluations par les autorités sanitaires des différents pays. Anxiété, dépression, idées suicidaires, pathologies musculaires graves, réactions de type allergique, cas de cancers du sein chez l’homme, persistance des troubles sexuels après l’arrêt du traitement, autant d’effets secondaires à mettre au passif du médicament. Ceux sur lesquels l’ANSM attire l’attention des professionnels de santé, troubles psychiatriques et dysfonction sexuelle potentiellement persistante sont considérés comme « peu fréquents » mais cela correspond tout de même à une fréquence entre 1/100 et 1/1000 d’utilisateurs, ce qui n’est pas rien. D’autant que, selon une synthèse des études cliniques, l’évaluation des effets secondaires est lacunaire. Une autre étude menée sur plus de 4 000 hommes jeunes montre que 0,8 % ont été atteints de dysfonction érectile persistante, d’une durée médiane de plus de 4 ans ! Malgré tout, l’ANSM continue à estimer que le rapport bénéfice/risque de ce produit est favorable.

Une association d’aide aux victimes

Une décision incompréhensible aux yeux de Sylviane Million-Mathieu, dont le fils de 25 ans s’est suicidé en juin 2016, suicide qu’elle attribue, « analyses à l’appui », dit-elle, à la prise du médicament anticalvitie. L’association qu’elle a fondée, Aide aux victimes du finastéride, revendique 200 adhérents français et autant issus d’autres pays européens. Parallèlement à ses discussions avec les autorités de santé, l’association a confié à maître Charles Joseph-Oudin, spécialiste de droit de la santé déjà actif notamment dans les dossiers Mediator et Dépakine, le soin de la représenter en justice. « Nous sommes en train de constituer une soixantaine de dossiers, mais pour l’instant nous assignons MSD, le laboratoire qui commercialise le Propecia, sur quatre d’entre eux, explique l’avocat. Nous sollicitons la désignation d’experts endocrinologues et andrologues pour confirmer le lien de causalité entre la prise de ce médicament et les troubles psychiatriques et sexuels ainsi que la persistance des effets indésirables. De notre point de vue, le laboratoire avait connaissance de ces effets depuis des années et ne les a pas portés à la connaissance des patients ni des praticiens. Notre objectif est double : l’amélioration de l’information délivrée aux patients et l’indemnisation et la prise en charge des victimes. »

En attendant un souhaitable retrait du marché récemment évoqué par la revue indépendante Prescrire ? L’ANSM n’y semble pas prête. « Quelle que soit la fréquence et la gravité des effets secondaires, l’agence a une très grande tendance à conclure que la balance bénéfice/risque est favorable, déplore l’épidémiologiste Catherine Hill. En l’occurrence, elle n’a, à ma connaissance, pas écrit une ligne pour justifier du bénéfice. » Et pour cause, celui-ci est plus que douteux, et s’il existe il n’est pas d’ordre médical mais esthétique. En tout cas, l’agence, à qui nous avons demandé sur quoi elle fondait cette évaluation, n’a pas jugé utile de nous répondre. Par manque de temps ? Nous lui laissons le bénéfice du doute et ferons une mise à jour de cet article dès qu’elle aura décidé de justifier sa position.

(1) Étant donné ses effets secondaires, la revue Prescrire conseille d’en limiter l’utilisation y compris dans cette indication.
(2) Leur nom inclut « finastéride », sauf le Finhair Gé.

Fabienne Maleysson

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