ACTUALITÉ

Plusieurs laboratoires vont étendre la durée de vie des médicaments

FM

par Fabienne Maleysson

Une partie de l’industrie pharmaceutique accepte enfin d’envisager l’extension de la durée de conservation de certains médicaments. Une décision à saluer, même si les causes du gaspillage ne se résument pas aux dates de péremption.

Des médicaments encore « bons pour le service » jusqu’à 30 ans après leur date de péremption. Les résultats du test que nous avons publié en septembre 2024 et notre saisine de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) qui en a découlé ont fait réagir l’institution.

L’année suivante, elle lançait un appel aux industriels volontaires pour allonger la durée de conservation des médicaments. Objectifs : réduire le gaspillage, limiter l’impact environnemental et amortir le choc des pénuries. Bonne nouvelle, quatorze laboratoires pharmaceutiques ont accepté de participer à l’expérience, a annoncé l’agence cet été.

73 références de médicaments subiront des tests visant à confirmer qu’ils conservent leurs propriétés plus longtemps que ce que laissait supposer l’ancienne date limite. Sont concernés par exemple du paracétamol, de la lévothyroxine (pour les pathologies thyroïdiennes) ou de la mélatonine (pour les troubles du sommeil) avec des durées de conservation envisagées allant jusqu’à 5 ans, ce qui n’est actuellement le cas que pour moins de 10 % des spécialités.

Dispensation à l’unité

Reste à s’attaquer aussi aux autres causes de gaspillage : selon une étude publiée cet été, sur les plus de 7 600 tonnes de médicaments rapportées en pharmacie chaque année, 40 % ne sont pas périmées, ce que l’ANSM attribue à plusieurs causes :

  • l’arrêt d’un traitement avant la fin, en raison d’effets indésirables, d’une inefficacité ou d’une amélioration rapide ;
  • les médicaments délivrés « si besoin » et finalement non consommés. On rappelle qu’il est inutile de les acheter « au cas où », mais qu’il faut attendre de voir si le symptôme se déclare ;
  • un nombre de comprimés ou de gélules dans les boîtes supérieur à la durée des traitements. Ce qui relance le débat de la dispensation à l’unité. Ainsi, les antibiotiques sont à la fois un exemple de spécialités pour lesquelles ce dispositif serait pertinent et une des trois classes de médicaments les plus largement rapportés en pharmacie.

L’ANSM trouve tout de même un motif de satisfaction dans le fait que certains médicaments sont mis au rebut alors qu’ils ne sont pas périmés et pourraient donc tout à fait être utilisés : « Cette proportion illustre le suivi [de nos] recommandations visant à rapporter les médicaments en cours de validité à la fin d’un traitement plutôt que de les stocker sur le long terme », écrit-elle. Une position qui se discute, bien des patients étant tout à fait en mesure de conserver leurs boîtes en toute sécurité et de les réutiliser si besoin plusieurs années plus tard sans commettre d’impair.

Quelles que soient ses causes, le gaspillage de médicaments est non seulement source de pollution mais aussi de dépenses dont les finances publiques se passeraient bien : selon l’analyse économique associée à l’étude, ce sont 517 millions d’euros qui pèsent sur le budget annuel de l’assurance maladie pour des médicaments finalement non utilisés, dont 278 millions d’euros pour des boîtes qui ne sont pas périmées.

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