par Marie-Amandine Stévenin
par Marie-Amandine Stévenin
En 2024, avec nos homologues européens, nous avons alerté les autorités sur les pratiques de sept grands éditeurs de jeux vidéo. Notre cible était alors les monnaies virtuelles payantes, ces « Robux », « V-bucks » ou « Minecoins » qui brouillent la perception du prix réel des contenus virtuels achetés dans les jeux (armes, costumes, accessoires, etc.). L’annonce d’aujourd’hui par le réseau européen des autorités de protection des consommateurs (CPC), dont fait partie la DGCCRF, d’une action coordonnée à l’encontre d’une dizaine d’éditeurs constitue une avancée majeure. Elle montre que les autorités prennent enfin la mesure des problèmes auxquels sont confrontés les joueurs en France et en Europe.
Je me réjouis également que cette enquête ne se limite pas aux seules monnaies virtuelles. Elle couvrira aussi d’autres pratiques problématiques que notre association dénonce depuis longtemps. Car le sujet n’a jamais été uniquement celui des monnaies virtuelles. Le problème est plus profond : trop de jeux reposent sur des mécanismes conçus pour inciter les consommateurs à dépenser davantage, parfois au détriment de leurs intérêts.
Pendant trop longtemps, le secteur du jeu vidéo a bénéficié d’une forme de complaisance, voire d’aveuglement, de la part des autorités. Comme si les règles élémentaires de protection des consommateurs cessaient de s’appliquer dès lors qu’il s’agissait d’un univers numérique ou d’un loisir. Cette époque doit prendre fin.
Les joueurs ne sont pas des consommateurs de seconde zone. Ils ont droit, comme n’importe quel autre consommateur, à une information claire, à des pratiques loyales et à des choix économiques éclairés. N’oublions pas que près de 40 millions de Français jouent aux jeux vidéo. Entre les abonnements, l’achat de jeux et les dépenses intégrées aux jeux, les sommes engagées peuvent rapidement atteindre plusieurs centaines d’euros par an. Le préjudice économique causé par des pratiques commerciales déloyales est donc loin d’être anecdotique.
Nous saluons cette initiative des autorités européennes. Mais une annonce ne suffit pas. Deux ans se sont déjà écoulés depuis notre alerte. Les consommateurs deviennent impatients, et ils jugeront sur les résultats : des pratiques effectivement modifiées, des règles respectées et, le cas échéant, des sanctions infligées aux éditeurs qui continueraient de les enfreindre.
Marie-Amandine Stévenin
Présidente de Que Choisir Ensemble
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