par Anne-Sophie Stamane, Noé Bauduin
par Anne-Sophie Stamane, Noé Bauduin
Des années que les cotisations des complémentaires santé grimpent… Au risque de fâcher les assurés, comme le montre notre enquête. À cause des tarifs, un répondant sur deux dit avoir comparé son contrat. Et 40 % envisagent d’en changer.
Une année particulière s’annonce sur le front des complémentaires santé. Contre toute attente, le Conseil constitutionnel a laissé passer la disposition de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) interdisant aux mutuelles, assurances et instituts de prévoyance d’augmenter leurs prix en 2026. Elle est donc en vigueur. Mais la réalité des consommateurs est toute autre : les foyers ont reçu leur appel de cotisations pour 2026 – avec une hausse, comme chaque année, confirmant celle avancée par la Fédération des mutuelles de 4,5 % en moyenne.
Le secteur prolonge ainsi sa trajectoire haussière, puisque c’était 6 % en 2025 et plus de 8 % en 2024. Le coût de la complémentaire santé est l’un des postes les plus inflationnistes du budget des ménages. L’an dernier, l’UFC-Que Choisir avait calculé que, sur les trois années précédentes, la facture des assurés avait bondi de 25 %. Si, pour beaucoup d’entre nous, la progression, pourtant spectaculaire, passe sous les radars parce qu’elle est prise en charge pour moitié par l’employeur, elle est douloureuse pour les foyers contraints de souscrire un contrat individuel.
C’est le cas des retraités, des travailleurs indépendants ainsi que des personnes sans emploi. Les témoignages reçus au fil du temps à la rédaction de Que Choisir prouvent qu’il s’agit d’un fardeau toujours plus lourd. Et notre récente enquête de satisfaction montre que le rapport qualité-prix constitue le principal motif de mécontentement chez les répondants : plus de 40 % s’en disent insatisfaits. Une situation qui incite à aller voir ailleurs. Un assuré sur deux affirme ainsi avoir comparé son contrat au cours des cinq dernières années à cause de la forte majoration des tarifs. Et 4 sur 10 envisagent même de changer de complémentaire, toujours pour des raisons pécuniaires. Toutefois, il n’est pas certain que l’élan se concrétise. Seulement 10 % des sondés sont sûrs de franchir le pas.
Notre questionnaire met aussi en évidence une grande fidélité. La majorité des participants à notre enquête sont chez le même assureur depuis plus de 10 ans. Et 4 retraités sur 10, par exemple, ont conservé la complémentaire qu’ils avaient souscrite quand ils étaient en activité. Rappelons que la loi autorise, depuis 2020, à basculer à tout moment vers une autre au bout d’un an. Cependant, la faible lisibilité des offres ne facilite pas la décision.
Il est d’autant plus légitime de chercher à obtenir le meilleur prix qu’il existe une véritable disparité sur le marché. Et que les excuses avancées par les compagnies d’assurances et les mutuelles pour appliquer leurs hausses récurrentes ne résistent pas à l’examen des statistiques. Ainsi, mi-décembre, la Direction de la recherche, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a opportunément mis en évidence, dans son rapport sur la situation financière des complémentaires santé, un décalage saisissant entre l’argent collecté en 2024 – 46,5 milliards d’euros – et celui reversé afin de couvrir le coût des soins – 36,8 milliards. L’écart frôle les 10 milliards d’euros !
Même si les dépenses de santé progressent également, ce n’est pas au même rythme que les cotisations, loin de là. In fine, les prestations ne représentent même pas 80 % du total. Il y a donc de la marge… Malheureusement, la puissance publique ne tente pas vraiment de limiter les dégâts. Non seulement le débat sur la « Grande Sécu », qui rendrait une place centrale à l’Assurance maladie, est au point mort, mais en plus, chaque année, l’adoption de son budget et les décisions de déremboursement offrent des prétextes rêvés aux assureurs pour faire grimper leurs tarifs. Cette fois, une taxe de 1 milliard d’euros censée renflouer les finances publiques a été votée, qui pourrait se répercuter sur les contrats. Même si les parlementaires se sont interposés, il y a fort à parier que cela n’est que partie remise.
Le tarif moyen mensuel de la cotisation s’élève à 123 € chez nos répondants. lI cache de grandes disparités, avec une fourchette oscillant entre 50 et 200 € par mois. La satisfaction est assez décorrélée du prix. Parmi les complémentaires les mieux notées (PRO BTP, MIE), certaines coûtent moins cher que la moyenne.
→ Consultez tous les résultats de notre enquête
Source : Observatoire de la consommation de l’UFC-Que Choisir. Sondage de satisfaction sur la complémentaire santé ouvert du 27/11 au 4/12/2025 via notre newsletter. Nombre de répondants : 4611.
Anne-Sophie Stamane
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