par Fabrice Pouliquen
par Fabrice Pouliquen
En colmatant les déperditions thermiques, l’isolation des murs participe à améliorer l’efficacité énergétique de votre logement. Pourtant, ce geste de travaux ne fait plus partie de ceux qui peuvent être financés seuls par MaPrimeRénov’, principale aide publique à la rénovation énergétique.
Ne les cherchez plus dans la liste des gestes réalisés seuls éligibles à MaPrimeRénov’. Dans la version 2026 du dispositif, qui vient enfin d’ouvrir, l’isolation des murs n’y figure plus, qu’elle soit réalisée par l’extérieur ou l’intérieur.
Pourtant, l’isolation des murs est utile pour améliorer l’efficacité énergétique de son logement. Elle résorbe les ponts thermiques, ces faiblesses dans l’enveloppe d’un bâtiment. Entre 20 et 25 % des déperditions de chaleur d’une maison non isolée d’avant 1974 se font ainsi par les murs, selon l’Agence de la transition énergétique (Ademe). C’est moins que par le toit (25 à 30 %) mais plus que par les fenêtres (10 à 15 %) ou les sols (7 à 10 %).
L’an dernier encore, MaPrimeRénov’, sur son parcours monogeste (qui permet de ne financer qu’un seul geste de travaux) accordait jusqu’à 75 € d’aides par m² pour l’isolation des murs par l’extérieur aux ménages aux revenus très modestes. On passait à 60 €/m² pour les revenus modestes et 40 € pour les intermédiaires (1). Une aide substantielle quand on sait qu’en moyenne, un tel chantier coûte entre 120 € et 270 €/m².
Cette aide trouvait d’ailleurs son public. Au premier semestre 2025, l’isolation des murs par l’extérieur était le troisième geste le plus demandé sur ce parcours monogeste avec 13 000 dossiers engagés et 60 millions d’euros de subventions accordées (4 662 € en moyenne par dossier) (2).
Ce volume conséquent de chantiers risque de chuter en 2026. « Il a fallu faire des choix dans un contexte budgétaire très tendu, explique-t-on au cabinet de Vincent Jeanbrun, ministre du Logement. Et il a été décidé de continuer à privilégier le plus possible le parcours accompagné de MaPrimeRénov’ dédié aux rénovations d’ampleur, les plus efficaces. » Au passage, l’isolation des murs peut toujours être aidée dans ce cadre, à condition donc d’être combinée à d’autres gestes de travaux.
Sur le principe, mettre le paquet sur la rénovation d’ampleur va dans le bon sens. « Parce que réalisés isolément, sans cohésion d’ensemble, les monogestes ne permettent pas d’aboutir à des rénovations performantes, insiste Vincent Legrand, président de Doremi, entreprise spécialisée dans les rénovations d’ampleur. L’isolation des murs est un bon exemple. Elle exposera aux moisissures, à l’humidité et aux problèmes de santé associés si on ne s’est pas assuré au préalable de la bonne ventilation du logement. De même, on sera toujours confronté à des ponts thermiques si on isole les murs sans se préoccuper en même temps de l’isolation des fenêtres et huisseries, voire du toit. »
Dans l’idéal donc, la rénovation d’un logement doit être d’ampleur, avec d’emblée une vision à terme de son logement entièrement rénové et des étapes qui y conduisent. Mais celles-ci sont alors bien plus complexes à mener, ne serait-ce qu’en raison des investissements importants qu’elles impliquent. Ce parcours accompagné avait le mérite de répondre à ce frein en instaurant des aides massives sur les rénovations d’ampleur. Jusqu’à 64 000 € pour les ménages aux revenus très modestes.
Le gouvernement visait 200 000 rénovations d’ampleur réalisées en 2024. Si on en est resté loin, ce parcours accompagné a tout de même trouvé son public, avec près de 100 000 dossiers déposés rien qu’au premier semestre 2025. C’est d’ailleurs cet afflux important qui avait poussé le gouvernement à suspendre ce parcours accompagné en juillet dernier et jusqu’à octobre. Depuis, ce parcours accompagné ne cesse d’être raboté. Pour sa réouverture, il est recentré sur les logements dits « prioritaires » (G, F et E au DPE). Pourquoi pas. En revanche, le montant des aides allouées chute et les délais d’instruction des demandes s’allongent.
Dans ce contexte, « que le gouvernement dise qu’il retire l’isolation des murs des monogestes pour mieux mettre l’accent sur la rénovation d’ampleur est d’une mauvaise foi absolue », pointe Damien Barbosa, porte-parole du collectif Rénovons, dont fait partie l’UFC-Que Choisir. Il y a, en effet, des incohérences manifestes dans cette version 2026 de MaPrimeRénov’. Ainsi, contrairement aux murs, l’isolation des toits et des combles ou encore des parois vitrées figure toujours dans la liste des monogestes subventionnés, bien que pas plus efficace. Mais elle pèse bien moins lourd sur le budget de MaPrimeRénov’.
Ce deux poids, deux mesures est plus flagrant encore avec les pompes à chaleur air-eau (PAC). Cette solution de chauffage électrique, qui vient souvent en remplacement des chaudières au gaz, est de loin le plus gros poste de dépenses de MaPrimeRénov’ monogeste, avec 118 millions d’euros de subventions accordées au premier semestre 2025. Quasi deux fois plus que sur l’isolation des murs. Pour autant, les montants d’aides restent inchangés pour ces PAC air-eau (qui coûtent en moyenne 15 000 € pour une installation en maison). Elles peuvent atteindre jusqu’à :
Pour rappel, le dispositif « Coup de pouce chauffage » lié aux certificats d’économies d’énergie (CEE) avait également été revalorisé en octobre dernier.
Damien Barbosa comme Vincent Legrand ne sont pas si surpris. Tous deux disent observer, ces derniers mois, l’orchestration par les pouvoirs publics d’un clivage sur la rénovation énergétique, entre d’un côté l’isolation et de l’autre l’électrification, autrement dit l’installation massive de PAC dans les logements. « Très clairement, la balance penche sur cette deuxième option avec cette idée que passer à la pompe à chaleur suffirait dans bien des cas. »
Le contexte, on le connaît : l’électrification est le principal pilier de la transition énergétique planifiée par le gouvernement. Il s’apprête, à ce titre, à lancer de nouvelles capacités de production ‒ de nouveaux réacteurs nucléaires, notamment ‒ et s’inquiète alors d’une consommation électrique qui, pour l’instant, n’augmente pas comme prévu.
Mais si les PAC ont un rôle important à jouer pour décarboner le secteur du logement, ça ne peut pas non plus être l’alpha et l’oméga de cette transition. Sur le plateau de l’émission Complément d’enquête, début 2023, Agnès Pannier-Runnacher, alors ministre de la Transition énergétique, disait elle-même que « n’installer qu’une pompe à chaleur dans une passoire thermique, en faisant bénéficier le client d’aides publiques telles que MaPrimeRénov’, c’est un cas d’arnaque ».
Certes, dans la grande majorité des cas, remplacer une chaudière au gaz par une PAC se traduit par une baisse des consommations d’énergie, et donc de factures, même dans une passoire. « Mais les gains sont moins importants que si on avait isolé le logement au préalable, pointe Vincent Legrand. Par ailleurs, on paiera inutilement cher un équipement surdimensionné et qui risque de ne plus fonctionner de façon optimale si on fait le choix plus tard d’isoler. » « Par ailleurs, l’isolation répond aussi à d’autres enjeux, de confort de vie mais aussi sanitaires en permettant de vivre dans un environnement plus sain », complète Damien Barbosa.
Installer une PAC dans une passoire thermique reste ainsi possible en 2026. Et on semble encore très loin de l’interdire. Même l’obligation de présenter le DPE de son logement pour accéder à ce parcours monogeste, condition prévue à l’origine dès 2024, ne cesse d’être repoussée. Ce ne sera pas avant 2027 désormais.
(1) Les ménages aux revenus supérieurs n’étaient déjà pas éligibles à MaPrimeRénov’ monogeste pour l’isolation des murs.
(2) Et il faut y ajouter l’isolation des murs par l’intérieur, option plus économique, toutefois bien moins choisie par les ménages car elle rogne la surface habitable. Malgré tout, l’Anah enregistrait 2 480 primes accordées pour ce geste sur le premier semestre 2025, soit plus de 15 millions d’euros de travaux.
Fabrice Pouliquen
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