par Adeline Lorence
Retraite progressive – Pourquoi le dispositif est encore peu accessible aux indépendants
Les travailleurs indépendants peuvent, comme les salariés, bénéficier de la retraite progressive. Ce dispositif leur permet de réduire leur activité tout en percevant une partie de leur pension. Mais, en raison des spécificités de leur statut, le traitement de leur dossier peut prendre beaucoup plus de temps que prévu. Explications et conseils.
L’essentiel
- La retraite progressive permet de réduire son activité et de commencer à toucher une partie de sa retraite.
- Pour les indépendants qui veulent profiter de ce dispositif, le traitement de leur demande peut prendre beaucoup de temps.
- Quelques bons réflexes permettent de réduire ces délais.
L’idée était simple pour cet indépendant : réduire son activité pendant 1 an tout en commençant à percevoir une partie de sa pension. Son objectif était de profiter du dispositif de retraite progressive le temps d’acquérir les derniers trimestres nécessaires pour partir ensuite définitivement à la retraite à taux plein. « Sur le principe, le dispositif était cohérent : ralentir son activité, continuer à cotiser quelques mois, puis liquider définitivement ses droits », explique Guillaume David, cofondateur du cabinet d’expertise GF retraite.
Mais, comme pour plusieurs autres dossiers que l’expert a suivis, la réalité s’est révélée bien plus compliquée. « Ces demandes ont été difficiles à faire avancer. Les assurés se sont parfois heurtés à des formulaires indisponibles ou inadaptés, ainsi qu’à des interlocuteurs qui ne savaient pas toujours quel service était compétent pour traiter leur dossier », constate-t-il. Résultat : le temps que la demande de cet indépendant soit instruite, il avait déjà validé suffisamment de trimestres pour partir directement à la retraite à taux plein ! La retraite progressive n’avait donc plus aucun intérêt…
Un dispositif complexe…
Guillaume David est loin d’être le seul à avoir rencontré ce type de difficultés. « J’ai par exemple le cas d’un médecin qui a déposé une demande de retraite progressive en septembre 2025 et ne l’a obtenue qu’en juin 2026 », témoigne également Fatima Lalouch, gérante du cabinet Athéna stratégie retraite. Pour comprendre pourquoi il est parfois si difficile, pour un indépendant, d’accéder à la retraite progressive, rappelons d’abord les règles du dispositif. Accessible aux travailleurs non salariés (TNS) depuis le 1er janvier 2022, il est ouvert aux personnes âgées d’au moins 60 ans ayant cotisé au moins 150 trimestres. Pour qu’elles puissent en bénéficier, leur activité doit être réduite de 20 à 60 %.
Une condition plus difficile à apprécier pour un indépendant que pour un salarié. « La notion de temps partiel est adaptée aux spécificités des indépendants. En l’absence de durée du travail contractuelle, la réduction d’activité est appréciée à partir des revenus professionnels », précise l’Assurance retraite. Concrètement, l’indépendant doit estimer la baisse de revenus correspondant à la diminution de son activité. Un exercice parfois délicat, d’autant qu’il doit conserver un revenu suffisant prouvant qu’il est toujours en activité. Celui-ci ne doit pas être inférieur à au moins 40 % du Smic annuel brut, soit 8 750 € bruts par an en 2026.
… et très encadré
Pour calculer les montants à verser au titre de la retraite progressive, l’Assurance retraite vérifie la baisse d’activité à partir du 1er juillet de la deuxième année de retraite progressive. Comme cette diminution est difficile à évaluer, pendant les 18 premiers mois, une pension provisoire correspondant à 50 % de la retraite complète est versée. Ce montant est ensuite recalculé en fonction de la baisse réelle des revenus, à partir de la deuxième année.
Autre particularité à connaître : le point de départ de la retraite progressive est fixé au 1er janvier suivant le dépôt de la demande. La démarche peut être réalisée en ligne sur les portails Info-retraite.fr ou Lassuranceretraite.fr. Elle peut aussi être réalisée au moyen d’un formulaire papier. Le service en ligne « Demander ma retraite progressive » permet d’effectuer une seule demande pour l’ensemble des régimes de retraite. Les dossiers sont ensuite instruits par les mêmes équipes que celles qui traitent les demandes de retraite définitive.
Des précautions à prendre pour limiter les délais
Si la retraite progressive est bien ouverte aux indépendants, sa mise en œuvre pratique peut s’avérer longue. C’est pourquoi l’Assurance retraite recommande de déposer sa demande au moins 5 mois avant la date de début de la retraite progressive souhaitée. « Des délais plus longs peuvent exister dans certains cas, comme dans le cas d’un dossier incomplet. Un délai supérieur à 1 an reste cependant anormal », tient à rassurer l’Assurance retraite. Pour mettre toutes les chances de son côté, Guillaume David conseille d’anticiper au maximum. « Le mieux est de tester très en amont la faisabilité du dossier », préconise-t-il. Il recommande également de vérifier que la demande est adressée au bon organisme et que le formulaire utilisé correspond bien à la situation de l’assuré.
Autre point de vigilance : être à jour du paiement de ses cotisations. En cas d’impayés, le traitement du dossier peut être retardé. « Pensez aussi, s’il y a des erreurs dans votre carrière, à faire une régularisation le plus tôt possible », encourage Fatima Lalouch. Autant de précautions qui peuvent permettre de réduire les délais de traitement et d’éviter que la retraite progressive perde tout son intérêt.
Adeline Lorence