par Roselyne Poznanski
Cumul emploi-retraite : pourquoi les libéraux doivent agir avant le 1er octobre
Plus que pour les autres catégories socioprofessionnelles, les professionnels libéraux qui souhaitent, à la retraite, poursuivre leur activité, peuvent avoir intérêt à faire valoir leurs pensions au plus tard le 1er octobre prochain. Voici pourquoi.
L’essentiel
- La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 réforme le cumul emploi-retraite (CER). À partir du 1er janvier 2027, les personnes qui liquident leur retraite et souhaitent continuer à travailler verront leurs pensions fortement réduites avant 67 ans.
- Les professionnels libéraux doivent faire valoir leurs droits à la retraite avec une date d'effet au 1er octobre 2026 pour bénéficier des dispositions actuelles plus avantageuses du CER intégral.
Le dispositif de cumul emploi-retraite (CER), qui consiste à percevoir à la fois des pensions de retraite et des revenus professionnels, va connaître, début 2027, un sérieux tour de vis. Jusqu'à présent, et plus précisément jusqu’à la fin 2026, les retraités qui souhaitent prolonger leur activité professionnelle peuvent accéder à deux types de CER :
- l’intégral (ou libéralisé) ;
- ou le plafonné.
Le CER intégral
Il permet de cumuler intégralement, sans limite, pensions et revenus professionnels (tirés ou non d’une ancienne ou d’une nouvelle activité professionnelle). Sous réserve de remplir trois conditions :
- avoir atteint l’âge d’ouverture des droits à pension ;
- avoir validé le nombre de trimestres nécessaires pour bénéficier de pensions calculées à taux plein ;
- avoir fait valoir l’ensemble de ses retraites françaises et étrangères.
Cerise sur le gâteau : ce CER intégral permet, depuis 2023, de ne pas totalement cotiser à fonds perdus, puisqu’une partie des cotisations retraite permet, une fois cessée définitivement toute activité professionnelle, de bénéficier :
- d’une seconde pension de base (plafonnée à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 2 403 € par an pour 2026) ;
- d’une seconde pension complémentaire.
Pour les libéraux, c’est le cas notamment des pharmaciens, des auxiliaires médicaux (kinésithérapeutes, infirmiers…), des experts-comptables ou encore des assureurs.
Le CER plafonné
Si l’une de ces conditions n’est pas remplie, le retraité entre alors dans le dispositif du CER plafonné. Cela peut être par exemple le cas des personnes ayant fait valoir leurs droits retraite avant l’âge légal de départ applicable à leur génération, au titre de l’inaptitude ou d’une carrière longue ou des personnes ayant atteint ou dépassé l’âge légal applicable à leur génération, sans toutefois réunir le nombre de trimestres nécessaires pour un calcul des pensions à taux plein.
Avec un CER plafonné, les revenus professionnels ne peuvent pas dépasser le plafond annuel de la Sécurité sociale en vigueur (soit 48 060 € bruts pour 2026). À défaut, les pensions sont réduites ou suspendues selon le montant du dépassement, et les cotisations retraite sont totalement versées à fonds perdus.
Retravailler avant 67 ans sera pénalisant
La loi de Financement de la Sécurité sociale pour 2026 (publiée au Journal officiel le 30/12/2025) est venue bousculer ces deux versants du CER.
À partir du 1er janvier 2027, toutes les personnes qui feront valoir leurs droits à la retraite (y compris si elles respectent toutes les conditions optimales : âge légal de départ, nombre de trimestres suffisant pour le taux plein…) et qui souhaiteront retravailler, seront en effet lourdement pénalisées par les nouvelles règles qui vont s’appliquer.
Leurs pensions seront ainsi réduites à concurrence de tout ou partie de leurs nouveaux revenus professionnels (deux décrets, non encore parus, doivent préciser les dérogations possibles et le montant, présumé à 7 000 €, à partir duquel les pensions seront totalement écrêtées avant 67 ans), ce qui est à la fois dissuasif et pénalisant.
Car pour éviter toute pénalité et se créer des droits à seconde pension, il ne sera intéressant de retravailler qu’à partir de… 67 ans !
Les professionnels libéraux en première ligne
Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées par ce changement majeur : les salariés, les fonctionnaires, les commerçants, mais surtout, et de façon nettement plus urgente que pour d’autres, les professionnels libéraux.
Pourquoi ? D’abord parce que ces professionnels (auxiliaires médicaux, avocats, pharmaciens, experts-comptables, vétérinaires…) ne peuvent choisir comme date d’effet de leur retraite (c’est la date à laquelle ils seront effectivement pensionnés) que le premier jour d’un trimestre civil, et non le premier jour d’un mois civil, comme c’est le cas d’ordinaire. D’ici à la fin de l’année, la date du 1er octobre 2026 est donc la seule possible…
Cette règle connaît toutefois une exception : les libéraux affiliés à la Cipav (architectes, moniteurs de ski, psychologues…) qui n’ont jamais cotisé à un autre régime de profession libérale au cours de leur carrière peuvent décider de faire valoir leurs droits en début de mois civil, soit le 1er novembre ou le 1er décembre prochains, ce qui leur laisse une marge de manœuvre un peu moins étroite.
Une dérogation intéressante qui va bientôt prendre fin
Ensuite, il faut savoir que ces mêmes professionnels bénéficient d’une dérogation très intéressante concernant la possibilité d’exercer un CER intégral. Or, cette dérogation va être, et c’est logique, définitivement perdue à compter du 1er janvier 2027.
Pour bien comprendre, il faut rappeler ici que l’âge du taux plein de certains libéraux, « c’est-à-dire l’âge à partir duquel leur retraite complémentaire est calculée sans minoration, comme l’explique Pascale Gauthier, associée chez Novelvy Retraite, est souvent postérieur à l’âge légal de départ en retraite de droit commun. Pour un expert-comptable ou un vétérinaire né en 1964 par exemple, il est de 65 ans, contre 62 ans et 9 mois dans le régime de base. Pour un dentiste ou un pharmacien nés la même année, il est même de 67 ans ».
Autrement dit, un libéral qui souhaite percevoir une retraite complémentaire pleine doit attendre ses 65 ans ou ses 67 ans pour la liquider. Mais grâce à cette fameuse dérogation, « il peut choisir de percevoir sa retraite de base à taux plein s’il réunit les 170 trimestres exigés actuellement pour les générations nées en 1963 ou 1964 par exemple, tout en continuant de travailler comme si de rien n’était, sans plafond. Côté revenus, c’est clairement avantageux, même si cela conduit à payer plus d’impôts. Côté retraite complémentaire ça l’est aussi, puisque celle-ci sera versée au taux plein si elle est demandée à 65 ou 67 ans, c’est-à-dire à l’âge d’annulation de toute minoration », poursuit-elle.
Une stratégie gagnante à mettre en œuvre de façon urgente
Dans ces conditions, les libéraux ont-ils intérêt à demander leur pension de base d’ici à début octobre ? Oui, s’ils souhaitent avoir les coudées franches, c’est-à-dire exercer un CER intégral, sous réserve qu’ils aient atteint, à cette date, leurs 62 ans et 9 mois. Sont donc uniquement concernées les personnes nées avant le 2 janvier 1964 (et celles nées avant le 2 mars 2064 si elles sont affiliées à la Cipav).
« Si en plus, elles cumulent les 170 trimestres retraite nécessaires à l’obtention de leur pension de base à taux plein, il serait dommage de laisser passer cette ultime fenêtre de tir… », souligne Pascale Gauthier.
Dans une certaine mesure, ce raisonnement s’applique aussi aux personnes auxquelles il ne manque qu’une poignée de trimestres pour atteindre le taux plein, ou à celles nées avant le 2 janvier 1966, qui peuvent faire valoir leurs droits au titre d’une carrière longue, sous réserve de totaliser, dans cette hypothèse, 172 trimestres.
Certes, elles ne pourront exercer qu’un CER limité, mais celui-ci s’avère nettement plus intéressant que les futures règles à venir. Et percevoir un double flux de revenus peut être financièrement pertinent.
Un délai administratif qu’il est possible de contourner
Reste un écueil à contourner : celui du délai administratif, 4 à 6 mois minimum, imposé par tous les régimes de retraite pour le dépôt d’une demande de pension. Délai largement dépassé à ce jour, quelle que soit la date d’effet de la retraite choisie : 1er octobre, 1er novembre ou 1er décembre.
Pour autant, il faut savoir que déposer sa demande de retraite quelques jours seulement avant cette date d’effet, et non quelques mois, est tout à fait possible. À une condition : il faut être prêt à ne pas percevoir ses pensions définitives, le temps d’instruction de son dossier (qui exige de multiples vérifications), sachant que les montants qui auraient dû être versés ne sont pas perdus puisqu’ils le seront ultérieurement, en une seule fois.
Roselyne Poznanski