par Rosine Maiolo
par Rosine Maiolo
À partir du 1er septembre 2026, le fait d’avoir eu des enfants jouera un plus grand rôle dans le calcul de la retraite des mères. D’une part, le calcul de la pension de base devient plus favorable, ce qui peut donner lieu à une augmentation de quelques euros de la pension. D’autre part, la prise en compte de certains trimestres liés aux enfants dans le cadre d’une carrière longue peut permettre d’arrêter de travailler plus tôt.
La naissance et l'éducation des enfants continuent de peser beaucoup plus lourdement sur les carrières des femmes que sur celles des hommes. Interruptions d'activité, congés parentaux, passages à temps partiel ou ralentissement des évolutions salariales finissent par avoir un impact non négligeable, des décennies plus tard, sur le montant de leur retraite.
Deux décrets du 29 juillet 2026 viennent concrétiser des mesures adoptées dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Elles entrent en application pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Leur particularité : elles agissent sur deux paramètres complètement différents. La première peut améliorer le montant de la pension, la seconde peut permettre à certaines personnes ayant commencé à travailler jeunes de partir plus tôt.
Pour comprendre la première mesure, il faut revenir à la façon dont est calculée la retraite de base des salariés du privé. Son montant dépend notamment du revenu annuel moyen. Jusqu'à présent, celui-ci est établi à partir des 25 meilleures années de revenus de la carrière du futur retraité. À compter du 1er septembre 2026, la règle devient plus avantageuse pour les mères :
L'intérêt est assez intuitif. Moins le calcul retient d'années, plus il permet d'écarter de la moyenne les années les moins favorables. Une mère de deux enfants pourra ainsi éliminer ses deux moins bonnes années parmi les 25 qui auraient auparavant servi à établir son revenu annuel moyen.
Cela ne signifie pas pour autant que toutes les mères verront leur pension augmenter dans les mêmes proportions. L'effet dépend entièrement de leur parcours professionnel et de leurs revenus au fil de leur carrière. Si les 23e, 24e et 25e meilleures années présentent des salaires très proches, le gain sera limité, voire nul.
Il pourrait, en revanche, atteindre quelques dizaines d’euros chaque mois lorsque les années écartées correspondent à des périodes sensiblement moins rémunérées. Selon le gouvernement, ce nouveau mode de calcul devrait permettre à plus de la moitié des femmes concernées de bénéficier d'une pension plus élevée.
À noter que cette nouvelle règle concerne uniquement la retraite de base. Elle n'a aucune incidence sur la retraite complémentaire Agirc-Arrco des salariés du privé, dont le montant dépend des points acquis au cours de la carrière.
La seconde mesure peut avoir un effet beaucoup plus spectaculaire pour certaines assurées, puisqu'elle ne joue plus sur le montant de la pension, mais sur la possibilité de partir plus tôt à la retraite. Elle concerne uniquement le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue qui permet aux personnes ayant commencé à travailler jeunes de partir avant l'âge légal.
Encore faut-il, pour y avoir droit, remplir plusieurs conditions, notamment avoir commencé son activité avant un certain âge et totaliser suffisamment de trimestres cotisés ou réputés cotisés (voir tableaux).
C'est précisément là que les mères pouvaient jusqu'à présent être pénalisées. Elles bénéficiaient certes de trimestres supplémentaires liés à leurs enfants pour le calcul de leur retraite, mais ceux-ci n'étaient pas utilisables pour atteindre la durée cotisée exigée pour un départ anticipé pour carrière longue. Cette injustice est désormais en partie réparée.
À partir du 1er septembre 2026, jusqu'à 2 trimestres accordés au titre de la naissance, de l'adoption ou de l'éducation des enfants pourront être retenus dans cette durée. Il s'agit bien de 2 trimestres au maximum au total, et non de 2 trimestres par enfant.
Pour une personne qui dispose déjà d'un nombre de trimestres cotisés suffisant, cette nouveauté ne changera évidemment rien. En revanche, pour celle à qui il manque précisément un ou deux trimestres pour remplir la condition de durée d'assurance cotisée, la différence peut représenter jusqu'à 6 mois de travail en moins.
Par ailleurs, les conditions de départ pour carrière longue ont également été modifiées cette année en raison de la suspension de la réforme des retraites. Selon l'année de naissance et l'âge au début d'activité, l'âge auquel un assuré peut partir ainsi que le nombre de trimestres requis peuvent avoir évolué.
Autrement dit, si vous aviez vérifié votre situation il y a quelques mois, votre ancienne estimation peut déjà être dépassée. Un simulateur vous permet de savoir si vous êtes concerné par la retraite anticipée pour carrière longue et les conditions requises selon votre situation.
Ces deux nouvelles mesures ne doivent pas être confondues avec une autre évolution récente concernant la retraite des mères. Depuis la réforme de 2023, les indemnités journalières versées au titre des congés maternité intervenus avant 2012 peuvent également être prises en compte dans le calcul du revenu annuel moyen.
Auparavant, cette prise en compte concernait les maternités postérieures à cette date. Dans certains dossiers, l'intégration de ces indemnités permet de faire entrer une année de maternité parmi les meilleures années de la carrière et donc d'augmenter la pension.
Mais la mise en œuvre a connu des ratés. Comme Que Choisir l'expliquait en mars dernier, les indemnités anciennes n'apparaissaient pas toujours sur les relevés de carrière. Une anomalie avait également été identifiée dans leur valorisation. L'Assurance retraite avait annoncé une opération de reprise et de recalcul des dossiers concernés.
Ces changements successifs rendent d'autant plus nécessaire la vérification de son dossier quelques mois, et même quelques années, avant le départ.
Commencez par contrôler votre relevé de carrière : les différentes périodes d'activité doivent y apparaître, mais également les périodes susceptibles d'ouvrir des droits. Pour les mères, la présence et la bonne prise en compte des enfants deviennent évidemment particulièrement importantes.
Puis effectuez une estimation du montant de votre retraite sur le site de l'Assurance retraite, dont le simulateur est actualisé au fur et à mesure des évolutions de la législation.
| Date de naissance | Âge de départ en retraite | Durée d’assurance requise pour une retraite à taux plein |
| Du 1er janvier | 62 ans | 168 |
| Du 1er septembre | 62 ans et 3 mois | 169 |
| En 1962 | 62 ans et 6 mois | 169 |
| En 1963 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| En 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 (au lieu de 171) |
| Du 1er janvier | 62 ans et 9 mois | 170 (au lieu de 171) |
| Du 1er avril | 63 ans | 171 (au lieu de 172) |
| En 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 |
| En 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 |
| En 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 |
| À partir de 1969 | 64 ans | 172 |
Exemple : Un assuré né le 16/05/1964 remplira la condition d’âge minimum de 62 ans et 9 mois, qui lui est désormais opposable, le 16/02/2027. Il pourra donc prendre sa retraite à effet du 01/03/2027 au plus tôt (1er jour du mois qui suit celui au cours duquel il a atteint l’âge de 62 ans et 9 mois).
| Âge de début d’activité | Nombre de trimestres cotisés nécessaires | Âge minimum de départ |
| Avant 16 ans* | De 168 à 172 | 58 ans |
| Avant 18 ans* | De 168 à 172 | 60 ans |
| Avant 20 ans* | De 168 à 172 | 60 ans et 6 mois pour ceux nés |
| Avant 20 ans* | De 168 à 172 | 60 ans et 9 mois pour ceux nés |
| Avant 20 ans* | De 168 à 172 | 60 ans et 8 mois pour ceux nés |
| Avant 20 ans* | De 168 à 172 | 60 ans et 9 mois pour ceux nés |
| Avant 20 ans* | De 168 à 172 | 61 ans pour ceux nés en 1967 |
| Avant 20 ans* | De 168 à 172 | 61 ans et 3 mois pour ceux nés |
| Avant 20 ans* | De 168 à 172 | 61 ans et 6 mois pour ceux nés |
| Avant 20 ans* | De 168 à 172 | 61 ans et 9 mois pour ceux nés |
| Avant 21 ans* | De 168 à 172 | 63 ans |
* Le nombre de trimestres requis en début de carrière est d’au moins 5 trimestres à la fin de l’année au cours de laquelle est survenu le 16e, 18e, 20e ou 21e anniversaire, ou 4 trimestres pour une naissance au cours du 4e trimestre.
** La durée d’assurance cotisée exigée est fonction de celle exigée pour la génération de l’assuré pour bénéficier du taux plein, quel que soit l’âge de départ (voir 1er tableau).
Rosine Maiolo
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