par Olivier Puren
Pensions alimentairesPouvez-vous les déduire de vos impôts ?
Les aides versées à vos proches en 2025 peuvent vous faire économiser plusieurs centaines, voire milliers d’euros d’impôt en 2026. Avant de les déclarer, assurez-vous qu’il s’agit bien de pensions alimentaires déductibles.
L’essentiel
▪ Charges fiscales : les pensions alimentaires qui incombent aux contribuables en vertu d’une obligation légale sont déductibles de leur revenu global pour le calcul de l’impôt sur le revenu.
▪ Plafonds de déduction : les pensions alimentaires sont déductibles dans la limite des besoins de leurs bénéficiaires et de la fortune de leurs débiteurs. La pension versée à un enfant majeur est déductible dans la limite de 6 855 €.
▪ Baisses d’impôt : la déduction d’une pension alimentaire procure une baisse d’impôt proportionnelle au taux marginal d’imposition du foyer. Elle permet aussi d’alléger le taux de prélèvement à la source.
La loi vous autorise à déduire certaines charges de votre revenu global (la somme des revenus déclarés par les membres de votre foyer). C’est le cas des versements faits sur un plan d’épargne retraite (PER), des frais supportés pour accueillir une personne âgée chez vous, ou de la CSG prélevée sur vos revenus patrimoniaux. Vous pouvez aussi tenir compte, sous certaines conditions et dans certaines limites, des pensions alimentaires versées à vos parents proches. Leur déduction allégera vos impôts à plus d’un titre.
Bon à savoir : si vous déclarez par Internet, sélectionnez la rubrique « Charges déductibles » de votre télédéclaration et inscrivez les pensions versées en 2025 dans les cases prévues à cet effet. Si vous déclarez sur papier, inscrivez-les dans votre déclaration no 2042, ou dans une déclaration no 2042 C pour une pension issue d’un jugement antérieur à 2006.
Les conditions de déduction
Vous pouvez déduire la pension alimentaire allouée, en espèces ou en nature, à une personne vis-à-vis de laquelle vous avez une obligation légale d’entraide. Il peut s’agir d’un ascendant (parents, grands-parents, etc.), d’un descendant (enfants, petits-enfants, etc.) ou de votre conjoint. En revanche, un soutien financier accordé à un frère, un oncle, votre concubin ou un ami n’est pas déductible, même si cette personne rencontre des difficultés, car la loi ne vous impose pas de lui venir en aide.
Obligation alimentaire : le Code civil prévoit une obligation alimentaire réciproque, en cas de besoin, entre ascendants et descendants, entre gendre et belle-fille et beaux-parents, et entre adoptant et adopté. Cela signifie que vous devez venir en aide à ces proches, dans la mesure de vos moyens, s’ils sont dans l’impossibilité de subvenir seuls aux dépenses nécessaires à la vie courante (nourriture, logement, habillement, frais d’études, de santé, etc.). Vous pouvez, par exemple, être tenu de soutenir un enfant majeur s’il est sans emploi, ou un parent âgé si sa pension de retraite ne couvre pas ses frais de dépendance.
Devoir d’entretien : le Code civil oblige aussi les parents à contribuer à l’entretien et à l’éducation de leurs enfants, à proportion de leurs ressources. Ce devoir s’applique quelle que soit votre situation conjugale (marié, pacsé, en concubinage, non marié, divorcé, etc.), y compris au profit des enfants mineurs dont vous n’avez pas la garde, qui ne vivent pas sous votre toit ou qui ne sont pas comptés à votre charge. Cela signifie que vous devez participer, dans la mesure de vos moyens, à leurs dépenses alimentaires, d’entretien et d’éducation.
Charges du mariage : chacun des époux est tenu de contribuer aux charges du mariage selon ses facultés, même si son conjoint n’est pas dans le besoin. Et cette obligation perdure en cas de séparation de fait (sans décision de justice) du couple. Cela signifie que vous devez participer, dans la mesure de vos moyens, aux dépenses de votre ménage, y compris en cas de cessation de votre vie commune. En cas de divorce ou de séparation de corps, le juge peut aussi obliger un époux à verser une pension alimentaire à l’autre, afin de lui assurer des moyens d’existence pendant la durée de l’instance.
Les limites des déductions
Les dépenses payées et les sommes d’argent versées en 2025 dans le cadre de ces obligations légales constituent une charge déductible sur le plan fiscal, peu importe que les paiements et versements soient volontaires ou imposés par une décision de justice.
Ascendants : la pension versée à un parent ou un grand-parent dans le besoin est déductible sans limitation, dès lors qu’elle est proportionnée à vos moyens et destinée à couvrir ses besoins essentiels. Le respect de cette condition est apprécié par le fisc en cas de litige sur le montant déduit, sous le contrôle du juge de l’impôt. Vous devez être en mesure de justifier les dépenses déduites. Par exception, vous ne pouvez rien déduire si vous rattachez votre ascendant à votre foyer fiscal, solution possible s’il est invalide ou si vous bénéficiez du crédit d’impôt pour emploi à domicile à sa place, solution possible s’il est éligible à l’Allocation personnalisée d’autonomie.
Descendants mineurs : la pension versée pour le compte d’un enfant mineur non compté à votre charge sur le plan fiscal est également déductible sans limitation si elle résulte d’un jugement ou d’une convention de divorce. Celle versée spontanément aussi, si elle est proportionnée à vos moyens et destinée à couvrir ses besoins de subsistance, d’entretien et d’éducation. En revanche, les frais entraînés par l’exercice de votre droit de visite constituent une dépense d’ordre privé non déductible.
Descendants majeurs : la pension versée à un enfant majeur dans le besoin non rattaché à votre foyer est déductible dans la limite d’un plafond revalorisé chaque année, fixé à 6 855 € en 2025. S’il vit chez vous, vous pouvez déduire sans justificatif un forfait de 4 075 € pour ses frais de logement et de nourriture. Chaque parent imposé séparément peut déduire la pension qu’il lui a versée dans ces limites. Les plafonds de 6 855 € et 4 075 € doivent toutefois être proratisés si l’état de besoin de votre enfant ou son hébergement n’a pas duré toute l’année.
Conjoint : la contribution aux charges du mariage que vous versez à votre conjoint en cas de séparation de fait est déductible sans limite, sous réserve que vous soyez imposés séparément. Peu importe que vous la versiez spontanément ou sur décision de justice. La pension que vous avez été condamné à verser à votre conjoint pendant votre instance de divorce est aussi déductible en totalité, dès lors que le juge vous a autorisés à être imposés séparément.
Bon à savoir : la pension alimentaire allouée à un ascendant ou un descendant en vertu d’une décision de justice antérieure à 2006 est déductible pour son montant majoré de 25 %. Cette majoration ne modifie pas le plafond de déduction des pensions versées aux enfants majeurs.
Les économies d’impôt réalisables
La pension alimentaire déduite de votre revenu global de 2025 vous procurera une baisse d’impôt proportionnelle à votre taux marginal d’imposition en septembre. Elle sera d’autant plus importante que vous êtes taxé dans les tranches élevées du barème de l’impôt. L’économie obtenue ne sera pas soumise au plafonnement global des niches fiscales qui s’applique à la plupart des réductions d’impôt.
Prélèvement à la source : vous pouvez aussi alléger le taux de prélèvement à la source actualisé applicable sur les revenus que vous percevrez entre septembre 2026 et août 2027 (et augmenter vos revenus nets d’impôts sur la période). Par exemple, si vous êtes célibataire et déclarez 50 000 € de salaires pour 2025, votre taux de prélèvement à la source sera de 13,2 % à partir de septembre. En revanche, si vous déduisez 5 000 € de pension alimentaire, il tombera à 10,2 %.
Revenu de référence : la pension déduite va aussi alléger le revenu fiscal de référence de votre foyer. Vous aurez ainsi davantage de chances de profiter de certains avantages fiscaux (un allègement de taxe foncière, par exemple) et de certaines aides publiques (l’aide aux travaux MaPrimeRénov’ notamment).
Bon à savoir : vos proches doivent déclarer la pension alimentaire que vous leur avez versée en 2025 à hauteur du montant que vous déduisez. Pour eux, elle est imposable comme une pension de retraite.
Olivier Puren