| 06/07/06 Alarmes de piscineAvis alarmant La Commission de sécurité des consommateurs (CSC) met en garde les possesseurs d'alarmes à détection d'immersion censées déclencher un signal sonore en cas de chute accidentelle dans une piscine. Quatre jeunes enfants sont morts noyés en quelques mois malgré ce système.
Quatre accidents mortels dans des piscines privées équipées d'alarme, cela semble incompréhensible. Et pourtant ils se sont produits. Tous concernent les alarmes à détection par immersion (qui déclenchent un signal sonore en cas de chute dans l'eau) et non celles à détection périmétrique (faisceaux lumineux autour de la piscine pour repérer toute personne franchissant une limite donnée). La Commission de sécurité des consommateurs (CSC) souligne que le système de fonctionnement des premiers ne se remet pas automatiquement en route si l'eau du bassin est agitée (en cas de vent, de remous provoqués par la baignade précédente). Il y aurait donc un « temps mort » de 4 à 15 minutes avant que l'appareil soit à nouveau actif. Si une chute survient dans cet intervalle, rien n'alerte l'entourage. La CSC déplore d'autres failles : le système ne fonctionne pas non plus si le niveau d'eau est trop bas (sécheresse, interdiction de remplir les piscines) ou trop élevé (orages, fortes pluies), si la sonde n'est pas bien immergée ou selon l'endroit où se produit la chute par rapport à l'emplacement de l'alarme. Les notices ne sont pas toujours explicites, les signaux sonores et visuels pas toujours compréhensibles (jusqu'à 12 bips différents selon la nature du problème, piles déchargées sans système d'avertissement...). C'est donc une sécurité bien aléatoire qui est proposée aux consommateurs. Décès en 3 minutes
Dès 1999, la CSC s'est prononcée en faveur des barrières de protection, qui représentent un réel obstacle à franchir pour les enfants, et a exprimé des réserves sur les alarmes par immersion, la sirène n'empêchant pas les enfants de tomber à l'eau. Ses remarques n'ayant pas été retenues lors des travaux de normalisation, elle avait en conséquence refusé d'être associée à la norme sur les alarmes. Il faut savoir que l'on dispose de très peu de temps pour agir entre le déclenchement de l'alerte et le repêchage du noyé. Selon les urgentistes, un enfant qui se noie présente des séquelles irréversibles au bout de 2 minutes et décède en 3 minutes... La réglementation serait aussi à revoir selon la CSC, qui s'adresse tant aux pouvoirs publics qu'aux autorités de normalisation. Il y a en effet une contradiction entre la loi du 3 janvier 2003, qui demande que les dispositifs de sécurité soient conformes aux normes, et le décret du 7 juin 2004, qui permet de les valider s'ils répondent à des exigences de sécurité (auto-déclaration du fabricant, par exemple). « En l'état, ce décret entraîne un abaissement du niveau de sécurité des produits en autorisant certains professionnels à s'affranchir de la recherche de la conformité de leurs produits aux normes », déclare la CSC (1). Elle dénonce également les insuffisances de la norme sur les alarmes (NF P 90 307) : pas de durée limite de réactivation automatique, pas d'information claire sur l'état du système, pas de durée d'alerte fixée avant le déchargement complet des piles, pas de définition des caractéristiques du bassin d'essai... Avec cet avis, et dans son communiqué du 3 juillet, la CSC s'adresse aussi directement aux possesseurs d'alarme à détection d'immersion, qui courent ainsi un réel danger. Un comble pour un dispositif faisant partie des quatre (barrière, alarme, bâche ou abri) rendus obligatoires par le législateur ! La CSC a saisi la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) le 3 mars dernier sur ce dossier. On attend toujours sa réponse. Il y a pourtant urgence. (1) Avis relatif à la sécurité des alarmes à détection d'immersion (15 juin 2006, p. 5).
Micaëlla Moran
| |