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SECURITE - HYGIENE dimanche 1 juin 2008 Bisphénol ALa substance qui inquiète La décision du gouvernement canadien d'interdire la vente des biberons en plastique contenant du bisphénol A (BPA) relance la controverse sur la toxicité de cette substance chimique.
Peut-être n'avez-vous jamais entendu parler du bisphénol A (BPA). Il est pourtant probable que cette substance chimique est présente dans votre organisme. On la retrouve en effet dans tous les fluides corporels (sang, urine, tissus, etc.) de toutes les personnes ou presque vivant dans les pays industriels. Qu'est-ce donc que ce produit et comment passe-t-il dans le corps ? Le BPA est un matériau de synthèse qui entre dans la fabrication du polycarbonate, un plastique dur et transparent, omniprésent dans de nombreux récipients alimentaires : biberons mais aussi bouteilles de boissons recyclables, vaisselle destinée aux fours à micro-ondes et à la conservation des aliments. On le retrouve aussi dans les résines époxy tapissant l'intérieur des canettes, des conserves ou de conteneurs afin de prévenir la corrosion. De petites quantités de BPA peuvent ainsi migrer dans les boissons et les aliments, notamment quand le récipient est chauffé. Or le BPA n'est pas une substance anodine. C'est un perturbateur endocrinien dont on sait, depuis les années 30, qu'il peut imiter l'oestrogène (l'hormone sexuelle féminine) et avoir des effets sur la fertilité, ainsi que sur la reproduction et le système hormonal. Toute la question étant de savoir à quel niveau d'exposition il devient toxique. Jusqu'au début des années 2000, les études scientifiques sur le sujet avaient conclu à l'innocuité du BPA à faibles doses. Principe de précaution La récente décision du gouvernement canadien d'interdire la commercialisation des biberons contenant du BPA a relancé le débat. « Tout indique pourtant que les niveaux d'exposition sont inférieurs à ceux qui peuvent causer un effet sur la santé, mais puisqu'ils se situent près des niveaux auxquels des effets potentiels pourraient se produire, le gouvernement veut être prudent et abaisser davantage l'exposition », précise-t-il sur son site. Dans le même temps, un rapport préliminaire du ministère américain de la Santé concluait, sur la base des résultats expérimentaux obtenus chez l'animal, que « de faibles niveaux de bisphénol au moment du développement du corps peuvent provoquer des changements dans le cerveau, la prostate, les glandes mammaires ainsi que de l'âge de la puberté chez les filles ». Des membres du Congrès se sont emparés de l'affaire et ont demandé une enquête sur l'exposition alimentaire des jeunes enfants au BPA. Ils s'interrogent aussi sur l'objectivité d'études scientifiques financées pour la plupart par l'industrie des matières plastiques. Un pavé dans la mare de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui avait publié en janvier 2007 un avis plutôt rassurant de son groupe scientifique. Après avoir examiné les nouvelles études sur le sujet, elle proposait même de multiplier par 5 la dose journalière acceptable (DJA) fixée auparavant à 0,01 mg de BPA par kilo de poids corporel et par jour. Pour autant, au vu de l'évolution de la situation américaine, l'EFSA a annoncé qu'elle allait faire procéder à une nouvelle évaluation des risques.
Florence Humbert
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