Brève
15 septembre 2008
Immobilier
Les chiffres sont-ils fiables ?
Un rapport parlementaire suggère de créer un indicateur statistique national des prix de l'immobilier. Fournis principalement par les notaires, les chiffres actuels sont exacts, mais ils peuvent aussi pousser le marché à la hausse, jusqu'au déséquilibre.
C'est, et de loin, le plus gros chèque que l'immense majorité des Français feront dans leur vie. Mais paradoxalement, la plupart d'entre eux signent l'achat de leur logement sans avoir été correctement informés sur sa valeur. Et pour cause ! Contrairement aux apparences, l'information sur la valeur de l'immobilier est loin d'être satisfaisante.
C'est une des raisons pour lesquelles deux députés viennent de proposer la création d'un observatoire neutre des prix et des loyers. Ils le font alors que le marché connaît un brutal retournement de tendance, après une décennie de hausse vertigineuse (+80 % dans le neuf entre 1997 et 2007).
Dans leur rapport sur « l'évaluation des dispositifs fiscaux d'encouragement à l'investissement locatif », déposé à l'Assemblée nationale le 22 juillet, François Scellier et Jean-Yves Le Bouillonnec proposent de rassembler dans un instrument unique les chiffres du privé (notaires, Fnaim, Unpi...) et ceux du public, à savoir les Agences départementales d'information sur le logement (Adil) et la Direction générale des impôts (DGI).
Aujourd'hui, les médias se fournissent en chiffres auprès des Notaires de France et de la Fédération nationale de l'immobilier (1). Issues des actes de vente, leurs données sont formellement irréprochables. Les notaires collaborent d'ailleurs avec l'Insee, un gage de sérieux en matière statistique.
Tendance à minorer l'éventualité d'une baisse
Mais « exact » ne veut pas dire « neutre ». Les particuliers apprennent, par exemple, dans le journal que les biens dans leur zone se négocient à 3 000 euros le mètre carré en mars, puis 3 200 euros en juillet, puis 3 500 euros en décembre... Les vendeurs s'alignent, les acheteurs se résignent, ce qui fait que l'indicateur oriente le marché. Soucieux de maintenir un bon niveau d'activité, puisque leurs revenus en dépendent, les professionnels ont tendance à minorer l'éventualité d'une baisse. Du moins jusqu'à l'éclatement brutal de la bulle.
Illustration avec le Conseil supérieur du notariat. Dans un communiqué du 30 mai 2008, il soutient encore qu'« aucune information disponible aujourd'hui ne permet de parler de baisse des prix ». Dans une note de conjoncture du 9 septembre, virage à 180°. Il est désormais question d'une baisse des prix au premier semestre « sur l'ensemble des grandes métropoles de province » et surtout d'une « baisse très substantielle des volumes dans l'ancien [...] supérieure à ce qui est annoncé par les médias ». Pour apprécier la portée de cette dernière précision, il faut noter que la même semaine, un grand hebdomadaire titre en une : « Spécial immobilier, profitez de la nouvelle donne - Exclusif - Les chiffres des notaires de France » !
Les informations exhaustives existent
Un indicateur pondéré par les données de l'Administration permettrait-il de corriger le tir ? C'est possible, mais pas certain. Les informations des impôts, a priori exhaustives, donneraient une photo précise du marché quasiment rue par rue, mais avec quelques mois de retard. Techniquement, elles sont très difficiles à exploiter, affirme la Direction générale des impôts.
Quoi qu'il en soit, le débat est ouvert. Et les professionnels ayant probablement devant eux quelques années de baisse, ils pourront réfléchir au calme aux bienfaits d'un indicateur moins volatil...






