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SECURITE - HYGIENE
samedi 17 mai 2008
Poulet

Le chlore du problème


Depuis 1997, l'Union européenne interdit la commercialisation sur son territoire de volailles décontaminées à l'aide d'une solution chlorée. La Commission souhaite autoriser de nouveau leur importation.

À la fin du mois de mai, quelques jours avant le sommet économique entre l'Union européenne et les États-Unis, la Commission européenne devrait dévoiler un projet de loi qui risque de créer la polémique. Et pour cause : il s'agit de lever l'interdiction qui pèse depuis plus de 10 ans sur les poulets américains désinfectés au chlore. Le texte précis n'est pas encore connu, mais l'autorisation serait assortie de l'obligation de rincer les carcasses traitées à l'eau potable et de les étiqueter de façon à avertir les consommateurs. Même dans ces conditions, la France a d'ores et déjà fait savoir, par la voix du ministère de l'Agriculture, qu'elle s'opposerait à la reprise des importations sur le marché européen.

Cette initiative de Bruxelles fait suite à un avis peu tranché de l'Autorité européenne de sécurité des aliments, qui a simplement souligné que la décontamination telle que la pratiquent les éleveurs américains n'avait pas entraîné, jusque-là, de résistance accrue des bactéries. Il y a quelques années, elle avait déjà conclu que le cocktail de quatre substances utilisé pour désinfecter les poulets n'était pas en soi dangereux pour la santé.

Distorsion de concurrence
En réalité, le débat est ailleurs. Il oppose deux conceptions de la sécurité alimentaire. D'un côté, les pays européens, qui privilégient un contrôle tout au long de la chaîne de production et n'usent de la pasteurisation ou de la stérilisation qu'en dernier ressort. De l'autre, les USA, qui n'accordent pas tellement d'importance aux conditions d'élevage des poulets et préfèrent éradiquer salmonelles et campylobacters juste avant la commercialisation des volailles. Cette approche, un peu plus risquée car il n'y a qu'un seul filet de sécurité, est évidemment beaucoup moins coûteuse. Autoriser de nouveau les poulets « à la Javel » reviendrait donc à créer une distorsion de concurrence au détriment des producteurs européens. Difficile, à partir de là, de continuer à exiger d'eux qu'ils se plient à des procédures de contrôle contraignantes.

La décision est toutefois loin d'être entérinée. La Commission doit d'abord recueillir l'approbation du Parlement et du Conseil. L'épilogue ne devrait pas être connu avant décembre.



Anne-Sophie Stamane

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